A Blida, le personnel de santé affronte le manque de moyens et résiste à l'épuisement - Radio M

A Blida, le personnel de santé affronte le manque de moyens et résiste à l’épuisement

Ghada Hamrouche | 31/03/20 13:03

A Blida, le personnel de santé affronte le manque de moyens et résiste à l’épuisement

«L’armée sanitaire » de Blida fait face avec beaucoup de difficultés à la pandémie du Coronavirus. Le décès du Professeur Mehdi Si Ahmed, chef du service chirurgie de l’hôpital Frantz Fanon, a beaucoup attristé le personnel de santé, autant que la mort de l’ambulancier Djamel Talhi de Boufarik. Les deux hommes ont été victimes du Covid-19. Le Premier ministre Abdelaziz Djerad est venu, lundi 30 mars, apporter son soutien aux médecins et infirmiers disant que l’Etat leur donnera tous les moyens nécessaires. Geste apprécié, mais pas suffisant. Le nombre des cas confirmés est en augmentation.

Le personnel de l’hôpital Brahim Tirichine (ex-Faubourgs) a demandé aux citoyens, souffrant d’autres maladies, d’éviter de se déplacer vers cet établissement sanitaire en raison de la présence de patients nombreux souffrants du Covid-19. « Nous vous demandons de vous diriger vers les dispensaires pour vos soins dentaires ou autres. Il y a douze de nos collègues qui ont été atteints du coronavirus. Et, ici 150 malades sont hospitalisés ayant attrapé le virus.Plusieurs services ont été transformés pour accueillir les patients, comme ceux de la diabétologie et de la rhumatologie. Hier, nous avons enregistré quatre décès », témoigne un infirmier de cet hôpital. « De grâce, Monsieur le wali, ouvrez nous les hôtels, nous ne voulons pas allez chez nous au risque de contaminer nos proches. Il s’agit d’une période qui va passer, décidez maintenant avant qu’il ne soit trop tard », lance un agent de santé dans une vidéo.

Au centre hospitalier de Benboulaid ou à l’hôpital de Frantz Fanon, le personnel de santé évoque le manque de moyens de transport. « Chaque matin, je viens à pieds à Benboulaid de l’autre côté de la ville. Il n’y a pas de transport », raconte une infirmière. Des appels sont lancés pour que les bus et taxis soient réquisitionnés par le wali de Blida au profit du personnel de santé pour leur faciliter le déplacement de jour comme de nuit. Des praticiens de santé s’interrogent sur la non implication du secteur privé de Blida malgré la gravité de la situation.

« Restez chez vous ! »

Le directeur de l’Etablissement public hospitalier (EPH) Boufarik, en première ligne depuis le début de la pandémie, a lancé un appel pressant aux citoyens pourrester chez eux. « Nous sommes en plein foyer du Coronavirus. La courbe des cas est en phase ascendante. Il faut faire très attention. J’ai constaté que les citoyens ne respectent pas le confinement. Plus on respecte le confinement, moins on enregistre des décès. Le Coronavirus est mortel. C’est sérieux . Restez chez vous ! Nous sommes en gurre. On dort peu, on se confine à l’intérieur de l’hôpital. On va gagner la guerre», a déclaré Redha Deghbouch dans une vidéo diffusée sur internet.

Profitant d’un passage du ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, lundi 30 mars, le personnel de l’EPH de Boufarik s’est plaint du manque de moyens comme les masques chirurgicaux, les tenues de blocs, les respirateurs, l’alcool et les produits désinfectants comme le javel. « Nous avons demandé à la PCH (Pharamcie centrale) de nous envoyer des combinaisons, nous en avons reçu que vingt. C’est très peu », a annoncé un médecin. Le ministre a promis de régler les problèmes en coordination avec le Directeur de la santé et de la population (DSP) de la wilaya. Le personnel de Boufarik a réclamé le départ du chef de service infectiologie Dr Mohamed Yousfi, accusé de mal gérer la situation. Il réclame « un service digne de son nom, doté de tous les moyens, dirigé par un professeur comme à El Kettar à Alger ».

« Où sont passés les médecins chinois? »

Mohamed Yousfi, qui est également président du Syndicat national des praticiens spécialistes de la Fonction publique (SNPSP), a soutenu, de son côté, que les problèmes ont surgi lorsqu’il a exigé la mobilisation de ressources supplémentaires en termes de lits et de personnels à partir des autres services de l’établissement pour faire face à l’épidémie». « Une réaction de panique chez certains personnesl concernés a entraîné une avalanche d’arrêts de travail », a souligné le SNPSP dans un communiqué. Le service des maladies infectieuses de Boufarik, qui fonctionne avec une quinzaine de médecins et d’infirmiers, est débordé depuis plus d’une semaine. Mohamed Yousfi craint l’épuisement de son équipe. « Où sont donc passés les médecins chinois venus nous aider à combattre la propagation du Coronavirus? Pourquoi, ils ne sont pas envoyés à Blida, principal foyer de la maladie au niveau national ? », s’interroge un paramédical de l’hôpital Brahim Tirichine.

Une équipe de médecins chinois est arrivée à Alger le samedi 28 mars. Il n’existe aucune information encore sur les lieux où ils ont été affectés. L’ambassadeur de Chine à Alger a annoncé également que son pays a envoyé en Algérie des dons. Il s’agit de 500.000 masques chirurgicaux, 50.000 masque N°95, 2000 combinaisons médicales et 10 respirateurs.

Charge lourde

Les structures sanitaires de Blida sont en attente de ces équipements. Pour l’heure, des associations, comme Lemsat Chabab de Blida, et des bienfaiteurs ont collectés des masques chirurgicaux à travers des appels sur Facebook. Des petits paquets ont été envoyés des wilayas limitrophes comme Boumerdes et Médéa. Dans une vidéo réalisée par Mohamed Hellal, président l’Association Lemsat Chabab, montre des agents de l’hôpital de Ben Boulaïd travaillant sans bavettes et évoque la charge de travail de plus en plus lourde sur le personnel de santé de Blida.