Zaki ce héraut, notre héros n’est pas un terro ! [blog] - Radio M

Zaki ce héraut, notre héros n’est pas un terro ! [blog]

Zoheïr Aberkane | 26/02/22 07:02

Zaki ce héraut, notre héros n’est pas un terro ! [blog]

Par Zoheïr Aberkane

Zaki, s’ils ont réussi à te mettre en prison, c’est que nous ne sommes pas loin. Mais qu’importe. C’est avec honneur que nous pénétrerons dans leur cénacle obscur où l’on enchaîne le rêve, mais sans jamais réussir à tuer l’idée qui le porte. Ils peuvent figer le temps, mais n’arrêterons pas le cours de l’histoire. Ils peuvent triturer nos corps, sans jamais atteindre nos âmes. Nous humilier sans répit, sans pouvoir ternir notre mémoire.

Tout cela tu le sais, Zaki. Toi qui la veille me rétorquait d’un air altier : « qu’ils fassent ce qu’ils veulent ! » car tu sentais et savais que tu étais dans leur collimateur. Depuis un bon moment déjà. Il ne leur manquait que l’élément déclencheur… Une publication qui par la grâce du 87 bis devient un crime, la dotation du prix Ali Bey Boudoukha, l’approche du 3e anniversaire du Hirak…

Ton arrestation a choqué. Ta mise sous mandat de dépôt nous a anéanti. La prison pour Zaki Hannache c’est une offense à ce que ce pays peut produire de généreux, d’humain et de plus intègre au sein de sa jeunesse. Zaki en prison c’est El Hadi Lassouli emprisonné une seconde fois. Pire encore, ce sont plus de 330 détenus d’opinion que l’on emprisonne à nouveau. Avec leurs familles.

Ironie de l’histoire, Zaki Hannache n’a pas pu annoncer son arrestation il y a une semaine, ni sa mise en garde à vue. Encore moins son inculpation et sa mise sous mandat de dépôt. Les seules informations dont il n’avait pas besoin de recoupements et de confirmations auprès des avocats et des familles avant de les publier.

Zaki Hannache était le porte-voix des détenus d’opinion et du Hirak. Le témoin des dérives d’un système de plus en plus totalitaire. Un témoin qui devenait chaque jour un peu plus gênant pour un pouvoir qui nie depuis juin 2019, avoir des détenus d’opinion comme il a nié, depuis l’indépendance, avoir jamais eu de détenus politiques.

Face au travail patient, à la fois téméraire et titanesque de Zaki Hannache, il ne fallait surtout pas aller à contre-courant de la bien pensance systémique. Il n’y a pas de détenus d’opinion. En parler, équivaut à propager des informations mensongères. C’est d’ailleurs l’un des délits retenus contre Zaki. Et pourtant, toutes les infos publiées sur son mur sont exactes. Vraies. Et vérifiables. Aucune d’entre-elles ne peut constituer une atteinte à la stabilité de ce pays. Autre charge contre Zaki. A contrario, la gestion catastrophique du pays, à coups de jactance, couplée à une gestion sécuritaire d’une crise éminemment politique est, elle clivante, attentatoire à nos libertés, à la santé mentale et physique de nos concitoyens, à notre futur immédiat et lointain. Elle pousse à la réactance, à la harga, au suicide. Aux reniements.

Hier soir, Zaki a franchi pour la première fois le seuil d’une prison. La tête haute et l’esprit serein. Alea jacta est. Le sort en est jeté. Mais n’est-ce pas plutôt ce pouvoir néronesque qui désormais, avec l’affaire Zaki Hannache, a franchi le Rubicon ?

Zaki en prison et voilà que déjà d’autres Zaki se lèvent pour reprendre le flambeau de l’information sur les interpellations, les condamnations, les jugements, les libérations et la question fondamentale des droits de l’homme, dont la déclaration universelle orne tous les commissariats de ce pays.

Une nouvelle expérience s’impose à ce jeune si sensible, si fragile s’agissant des autres, mais capable d’une grande résilience face aux entourloupes du destin. Zaki, comme les centaines de détenus d’opinion peuvent être retenus dans les geôles aussi longtemps que le pouvoir le voudra, ils seront toujours dans le temps de l’Histoire. Le pouvoir, lui, est dans le temps de la gouvernance. De l’inconsistance.

Merci pour tout Zaki. A la revoyure ! Devant ou derrière le mur.

Z. A.