Un membre du gouvernement aurait pu signer la pétition en défense de l’association RAJ - Radio M

Un membre du gouvernement aurait pu signer la pétition en défense de l’association RAJ

Ihsane El Kadi | 13/10/21 09:10

Un membre du gouvernement aurait pu signer la pétition en défense de l’association RAJ

Par Ihsane El Kadi

Le tribunal administratif d’Alger doit se prononcer ce mercredi suite à la requête en dissolution de l’association, introduite par le ministère de l’intérieur

Une pétition réunissant plusieurs centaines d’acteurs du mouvement associatif et syndical algérien, des universitaires, des journalistes, des avocats et des figures du Hirak a été publiée mardi 13 octobre en défense de l’association rassemblement action jeunesse (RAJ), née il y’a plus de trente ans au lendemain d’octobre 1988 et aujourd’hui menacée de dissolution dans « l’Algérie nouvelle ». On peut y lire notamment «Le RAJ a été et reste l’un des lieux les plus importants en Algérie où pour les jeunes, s’élabore une autre voie que l’évasion (Harga), la violence ou la résignation ».

L’association est connue pour avoir milité durant trois décades autour de questions d’intégration civique des jeunes et des femmes notamment, formant des centaines de jeunes citoyens aux questions les plus essentielles de la modernité, comme celle de l’innovation artistique, de la diversité culturelle, de droits de l’homme, de l’égalité homme/femme, de la liberté de la presse ou de la liberté syndicale. Le Rassemblement Action Jeunesse a été particulièrement actif dans l’impulsion du tissu associatif en Algérie et, pendant de longues années, dans le rayonnement d’un point de vue civique algérien, au sein du Forum Social Mondial et de son corollaire, le Forum social Maghrébin.

Le ministre a « aidé » RAJ dans une autre vie

Parmi les universitaires qui ont participé aux évènements organisés par RAJ, l’actuel ministre de la communication Amar Belhimer. Son nom ne figure bien sur pas parmi les signataires de la pétition, et il ne faut surtout pas considérer qu’il s’agit la d’une simple discipline de solidarité gouvernementale. Il y va d’un symbole du moment.  La manière dont « l’Algérie nouvelle » est entrain de régresser bien plus loin que là où se situait celle, pourtant déjà liberticide, de Abdelaziz Bouteflika dans son traitement des acteurs indépendants de la société est,  cyniquement illustrée par cette plainte contre RAJ en vue de sa dissolution.

Le ministre de la communication, juriste de formation, a animé la session inaugurale de l’université d’été de RAJ de 2016. Il a été l’un des invités du forum de RAJ à son édition d’Alger et a, en 2018, largement collaboré en prestation avec le Rassemblement Action Jeunesse afin de produire un projet de loi alternatif sur les associations déposé d’ailleurs un 5 octobre, au ministère de l’intérieur.

Les efforts de RAJ pour défendre un espace associatif essentiel à l’épanouissement de la citoyenneté ont donc été soutenus par Ammar Belhimer dans l’ancienne Algérie, avant que cet engagement de jeunes algériens projetés dans l’avenir de leur pays, ne devienne un « danger » à combattre après l’irruption populaire du 22 février 2019. De nombreuses personnes publiques, parfois passées au gouvernement, ont participé depuis des années aux évènements de RAJ,  comme Ferhat Ait Ali l’ancien ministre de l’industrie avant sa cooptation. Mouloud Hamrouche, ancien chef du gouvernement, partisan de l’ouverture démocratique  est intervenu deux fois au forum de RAJ.

La pétition en défense de RAJ,  rappelle que « Depuis des décennies, le RAJ représente une jeunesse algérienne, motivée, responsable et agissant pacifiquement et dans le respect des lois, pour la citoyenneté et le changement démocratique en Algérie. De très nombreux jeunes algériens talentueux ont pu trouver, pendant toutes ces années, dans le RAJ, un espace d’expression et d’action là où tout semblait fermé ».

Un lourd tribut à la répression

C’est la poursuite naturelle de ce rôle au sein du Hirak populaire qui a déclenché une cabale contre les militants de l’association. RAJ qui a payé un lourd tribut à la répression. Douze parmi ses membres ont, soient connu la prison, soient une procédure judiciaire, notamment l’actuel et l’ancien président Abdelouahab Fersaoui et Hakim Addad détenus de longs mois entre 2019 et 2020. RAJ a joué un rôle fédérateur dans la convergence de la société civile lors du printemps été 2019, afin de produire une solution politique avec la société civile indépendante, alors que l’échec du rendez-vous électoral pour les présidentielles du 4 juillet avait plongé le pays dans une impasse institutionnelle.

La conférence des acteurs de la société civile du 15 juin 2019, tenue au siège du CNAPEST à Bir Mourad Rais, définissait les grandes lignes d’une transition démocratique revendiquée alors par des centaines de milliers de manifestants à travers les pays. Abdelouahab Fersaoui a notamment co-présidé la 1ere rencontre de concertation de l’opposition politique et des figures du HIrak, le 24 aout 2019, à la Safex, incarnant avec RAJ et d’autres acteurs, le rôle de facilitateur et de rassembleur afin d’essayer de trouver une issue au pays.

Ce rôle est le fruit éclatant de la confiance de l’ensemble de la classe politique et de la société civile dans le patriotisme et l’esprit de conciliation des animateurs de RAJ. C’est un patrimoine considérable, le meilleur de ce qu’a pu produire le mouvement associatif algérien dans ce domaine de l’intégration citoyenne des jeunes, qui est la cible aujourd’hui du gouvernement sous la Constitution qui « bénit » le Hirak.

Pour la première fois, un adhérent de RAJ a rejoint l’Europe par la voie maritime de la Harga, ce début d’octobre.