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Rentrée universitaire ? Parlons en ! (Blog de Abderezak Adel)

Radio M | 13/10/21 19:10

Rentrée universitaire ? Parlons en ! (Blog de Abderezak Adel)

Par Abderezak Adel

Les chiffres sont ceux d’un pays émergent mais le niveau scientifique celui d’un pays en régression. Les savoirs scientifiques sont de plus en plus pointus mais la pédagogie est très altérée. Méthodes de l’apprendre et pas du comprendre. Plus de 40% des modules enseignés par des vacataires (niveau Master et doctorant en chômage) dans certaines universités et…écoles supérieures. Le corps enseignant change de génération. Plus de 70% des enseignants des années 70-80 partent en retraite! Le profil enseignant est plus jeune au format plutôt arabophone et « anglo-saxon ». La pensée critique est balayée par le fétichisme technologique ou tout simplement par le religieux idéologisé à l’extrême quand ce n’est pas par la pensée unique distillée par les relais des dominants !

Les pôles universitaires et écoles supérieures ont consommé des investissements colossaux mais la corruption dans les marchés publics a donné des établissements au bâti rapidement détérioré et pas tjs fonctionnel pour les exigences scientifiques et pédagogiques. Les rythmes tayloristes de travail face à la massification des flux étudiants entrainent dégradation de l’enseignement et remise en cause des normes pédagogiques universellement établies. Le système pédagogique hybride achève les derniers restes d’une université aux normes. La condition sociale enseignante et celle du personnel technique et administratif restent dévalorisantes malgré de longues grèves et les augmentations de 2008. Seront ils rattrapés dans l’avenir? Le champ académique s’est appauvri intellectuellement et la recherche est plus institutionnelle que réelle.

L’absence d’activités et de libre expression intellectuelle, politique syndicale et culturelle dans les universités participe à produire des générations d’universitaires aseptisés par la pensée, dépolitisés et peu réactifs aux enjeux qui travaillent la société. Le hirak a ouvert une bréche en février 2019 vite refermée par le pouvoir politique et une administration autoritaire et omnipotente. Les mardis étudiants et les clubs etudiants autonomes ont eté neutralisés et le harcèlement judiciaire continue envers des étudiants hirakistes tres actifs. Des collectifs d’enseignants universitaires comme la CNUAC, NÙR le FUD ou d’autres tentent de se projeter dans le processus de transformation systémique revendiqué par le Hirak mais font profil bas à cause de la répression et l’article 87-bis qui « criminalise » le hirak.

N’oublions pas que quatre enseignants de la CNUAC sont sous contrôle judiciaire et sous enquête devant la justice au même titre que des enseignants du syndicat SESS. Le naufrage de l’université algérienne est programmé depuis longtemps. En faire un appareil idéologique d »Etat au lieu de la laisser éclore comme creuset de tous les savoirs et utopies dans une culture démocratique qui impacterait la société dans le sens du changement, voilà ce qui explique la harga des jeunes et leur désespoir face à la vie active. Ne soyons pas nostalgique du passé. l’âge premier de l’université tire à sa fin. Elle n’est pas symbole de tous les échecs. Des brillances sont nées. Des ilots d’intelligences résistent. Les acteurs universitaires d’aujourd’hui et de demain doivent intégrer les nouvelles réalités sociologiques, linguistiques, scientifiques qui configurent le parcours et l’espace universitaire.

La désintellectualisassion de l’université et l’autoritarisme administratif ne sont pas une fatalité. La massification de l’enseignement universitaire est une contrainte et pas une voie de garage. Changer de paradigme universitaire, c’est se libérer du fonctionnariat enseignant. C’est prendre possession de l’espace universitaire pour en faire un lieu de libertés et de culture. C’est démocratiser l’institution universitaire et sa gestion. C’est démultiplier forums, clubs, colloques, ateliers et échanges pour réintellectualiser la composante universitaire. C’est créer une interactivité solidaire entre l’université et la société sur des questions politiques, idéologiques ou tout simplement citoyennes pour donner du sens à la vie universitaire et à celle qui la font. C’est se battre pour transformer sa propre université. Le savoir est un acte de résistance quand la société est travaillée par le doute. le combat démocratique et académique aussi. Les germes existent…Reste à semer.