Prix Goncourt choix de l’Algérie 2020 : Djaïli Amadou Amal ou la voix des émotions des femmes opprimées - Radio M

Prix Goncourt choix de l’Algérie 2020 : Djaïli Amadou Amal ou la voix des émotions des femmes opprimées

Yamina Baïr | 14/11/21 08:11

Prix Goncourt choix de l’Algérie 2020 : Djaïli Amadou Amal ou la voix des émotions des femmes opprimées

Le Prix Goncourt choix de l’Algérie vient d’être attribué à l’écrivaine camerounaise Djaïli Amadou Amal pour son roman Les impatientes, à l’occasion de la troisième édition, organisée par l’institut français d’Algérie.

« C’est la joie, c’est l’émotion, vraiment je suis très fière, très contente que le roman ait plu. Je suis d’autant plus fière que ce sont des jeunes et qu’ils aient quand même choisi le texte qui parle de la violence faite aux femmes, de la violence conjugale également et les conditions des femmes dans le Sahel », s’est enthousiasmée la lauréate qui est intervenue par visioconférence lors de la cérémonie de la remise du prix.

C’est la troisième édition du prix Goncourt choix de l’Algérie, organisé par l’Institut français d’Algérie à travers ses quatre antennes et dont le jury est composé essentiellement de jeunes, étudiants et adhérents de ses cinq médiathèques, et dont la moyenne d’âge est 24 ans, selon les organisateurs. 

Les Impatientes est un récit émouvant sur les violences faites aux femmes, raconté par trois femmes africaines : Ramla, Hindou et Safira, qui ont vécu le mariage forcé avec toutes ses violences, notamment précoce et la polygamie.

Le fil conducteur de ce roman reste le mot « Maunyal », qui signifie « patience » en langue peule, si l’on se fie à une traduction littérale. L’écrivaine en a fait un concept et explique que c’est « le mot clé qui englobe toutes les formes de violence » dont l’équivalent serait le mot arabe « essabr » qui exprime un double sens : force et oppression.

Djaïli Amadou Amal

« Quand on dit à une femme, dans notre culture, « Maunyal » : c’est-à-dire, supporte. Eh bien, supporte ça ne veut pas dire patience. Supporte ça veut dire accepte tout, et soumets-toi surtout sans te plaindre », explique Djaïli Amadou Amal, avant d’ajouter : « Une femme devrait selon le concept de ce « Maunyal » accepter de se faire battre par le mari pour le bonheur de ses enfants, accepter et de faire abnégation de son propre bonheur pour l’utilité de sa famille. Accepter de faire passer tous les autres avant elle. A ce moment même elle deviendrait une épouse complète »

Ce récit est tiré de l’histoire personnelle de Djaïli Amadou Amal. Pour elle, ce roman part de l’idée de « transmettre les émotions de toutes ces femmes qui vivent dans l’oppression ».

A côté de son métier d’écrivain, Djaïli Amadou est à la tête de l’association Femmes du Sahel. Dans son pays, le Cameroun, l’écrivaine est surnommée « la voix des sans voix » pour le combat qu’elle mène contre les violences faites aux femmes.

Djaïli Amadou Amal est la troisième lauréate du Goncourt choix de l’Algérie après le sénégalais David Diop pour son roman Frères d’âmes en 2018 et la mauricienne Natacha Appanah pour son roman Le ciel par-dessus le toit en 2019.

La sortie des Impatientes en 2017 n’est pas passée inaperçue au Cameroun. Le roman est aujourd’hui intégré dans les programmes scolaires camerounais et enseigné aux élèves de terminale. Prix Orange du livre en Afrique en 2019, sa réédition en France en 2020 aux éditions Emmanuelle Collas, lui a permis de toucher un plus large public. Il a obtenu le Goncourt des lycéens en 2020, et a été le choix Goncourt de nombreux pays, dont l’Algérie.

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