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Blog. L’oasis, une retraite de fraîcheur parsemée de verdure

Radio M | 23/11/22 14:11

Blog. L’oasis, une retraite de fraîcheur parsemée de verdure

Des palmiers, un oued, une ville…l’oasis. Dans toute oasis, certaines images se retrouvent et, d’un bout à l’autre du Sahara algérien, se déroulent pratiquement les mêmes scènes et types.

Et pourtant il n’y a pas deux oasis semblables. Non seulement le décor-montagnes, dunes ou gorges- est propre à chaque site, mais la couleur du sol, l’architecture des maisons, les souvenirs historiques, les procédés d’irrigation, les habitudes économiques, les transformations dues à l’avion, à la route, aux hydrocarbures sont des facteurs contribuant à définir pour chaque oasis une personnalité propre. Petite halte heureuse dans ces merveilleuses retraites de fraîcheur parsemées de verdure, où tout simplement règne la vie.

Qu’est-ce qu’une oasis ?

Voila une question pas souvent posée mais qui malgré tout tombe sous le sens. Eh bien, c’est, selon les connaisseurs-scientifiques ou non-, un endroit du désert où l’eau est assez abondante pour permettre aux hommes de vivre et de pratiquer l’agriculture. L’eau des oasis provient en effet des nappes aquifères, c’est-à-dire contenues dans les terrains perméables. Elle remonte à la surface du sol par les failles du terrain. Les oasis occupent ainsi des terres gagnées difficilement sur le désert. Chaque parcelle est intensivement cultivée.

On peut noter que la disposition des cultures est faite de telle sorte que chaque espèce protège l’autre. Les palmiers abritent de la chaleur les arbres fruitiers qui, à leur tour, protègent les délicates cultures maraîchères. A l’abri du vent et du sable, poussent tomates, courgettes piments, oignons, aubergines, melons, pastèques… Parmi les fruitiers, on rencontre les espèces qui tolèrent la salinité du sol : grenadiers, abricotiers, figuiers, etc.

L’origine du mot «oasis» vient d’un vocable de l’ancien égyptien «ouat», homonyme d’un mot qui désigne un chaudron ; plus géographiquement c’est un milieu naturel et anthropique, n’occupant qu’un millième de la surface du Sahara. Les oasis sont situées parfois sur le lit de rivières venant se perdre dans le désert ou au pied de massifs produisant des sources, ou encore directement au-dessus de nappes phréatiques affleurant ou peu profondes. 

C’est le lieu de la vie au milieu du néant désertique, le refuge des palmeraies, jardins et ksour grâce au miracle de l’eau sans lequel aucune vie  n’est possible. L’eau précieuse est en effet canalisée et répartie grâce à d’ingénieux et ancestraux systèmes. Quant aux palmiers, ils protègent les arbres fruitiers et les cultures maraichères de l’ardeur du soleil.

A côté de ces jardins tranquilles, sont construits les ksour aux maisons de terre ocre. Quand on sait que le mot oasis décrit au sens figuré un lieu de calme et de paix, un refuge, on peut se faire une idée de l’atmosphère d’une oasis.

L’oasis, à la fois port et île saharienne

Eh oui, l’oasis, c’est aussi le monde fabuleux de l’espace du repos et de la vie, à la fois port et île saharienne, halte indispensable des grandes pistes qui traversaient le Sahara de part en part. Elle indique aussi les distances, les échelles géographiques et rappellent le temps et le rythme des caravanes. Lieu magique par excellence, l’oasis c’est la présence heureuse de l’eau.

Dans le désert profond, tout homme a un but : rejoindre l’oasis de vie. L’oasis est la destination, le but, le rêve. Les anciens groupes nomades s’y retrouvaient  pour les fêtes, pour l’eau, pour la nourriture, pour le repos. Il n’y a pas de différence aujourd’hui, si ce n’est que les caravanes de dromadaires ont presque toutes disparu. On converge vers l’oasis en 4×4 et en camions. Lorsqu’apparaît l’oasis, c’est toujours un saisissement. D’avion, c’est une brusque étendue verte, une tache qui macule le désert.

Les oasis reposent toutes sur un jaillissement d’eau, mais amélioré par les hommes. Des dizaines de kilomètres de galeries -les foggaras- ont parfois été creusées pour récupérer l’eau des plateaux désertiques lointains. A l’arrivée de ces tunnels au bord de l’oasis commence alors un complexe système de distribution et de comptabilisation de l’eau. L’eau est répartie par des pierres creusées d’entailles -les séguias- vers autant de canaux qui filent pour irriguer les lopins de terre. Les canaux se croisent, se chevauchent, dans un inextricable réseau «sanguin» qui donne vie au jardin. Le fouillis n’est qu’apparent. Le maitre des eaux connaît les cheminements des canaux, et sait les faire se converger en cas de mariage entre deux familles, pour une nouvelle carte de distribution. 

De la route, c’est une ligne de crête verte, la ligne des palmiers dattiers. L’oasis est presque toujours en creux par rapport à la ville qui la borde. Le niveau de l’eau est trop précieux pour qu’on y construise. Seules les plantes y vivent. Ainsi, à Timimoun, Ghardaia, El Ménéa, Adrar, pour ne citer que ces localités, les maisons semblent s’agglutiner autour du paradis. Dans les villes règne l’activité du commerce, des marchés, des palabres. En contrebas, ce sont les «glous-glous» de l’eau qui passe d’un petit canal d’irrigation à un autre, ce sont  les bruits doux des sarcloirs et des houes, et le vent dans les palmes.    

Dans l’oasis, on utilise le moindre mètre carré

Le palmier dattier domine et fait de l’ombre aux cultures inférieures : les arbres et les arbustes fruitiers à une hauteur intermédiaire, comme le figuier et enfin, à ras du sol, les légumes. Qui n’a jamais goûté les laitues les tomates et les courgettes d’oasis, ne connaît pas le vrai goût des légumes. A la sortie de l’oasis, les convois s’organisent pour remonter vers le Nord, vers Alger. L’oasis, c’est cela aussi : le carrefour routier, où la caravane de dromadaires n’avance que sur les cartes postales du passé, proche de quelques décennies, mais passé néanmoins. Aujourd’hui il faut 100 dromadaires pour porter le contenu d’un camion. Comment lutter dans ces conditions ? Ce progrès, c’est aussi quelques jours contre quelques semaines pour rallier Tamanrasset à Alger. Désormais le dromadaire est derrière la maison ou dans son enclos. On le sort pour les fêtes, les mariages, et les courses. Le 4×4 Toyota est devant la maison. Dans les villes, les ateliers mécaniques et de vulcanisation des pneus sont là pour marquer le changement.

En dépit de cette nouvelle réalité du désert, faite de mobilité et de rapidité, le Sahara algérien reste encore un monde d’une extrême fascination, une destination de rêve et une remontée dans le temps et les paysages, jusqu’aux premières manifestations de l’art, il y a de cela près de dix mille ans. Pour un tourisme respectueux et de qualité, c’est enfin une promesse de partage et de voyage au goût sucré d’un thé à la menthe.     

Kamel Bouslama