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Les palmeraies, premières Cités du désert (Blog)

Radio M | 07/12/22 13:12

Les palmeraies, premières Cités du désert (Blog)

Que ce soit en Algérie ou partout ailleurs dans le monde arabo musulman et autres contrées de la planète, les palmeraies ont depuis toujours été à l’origine de la sédentarisation et de la civilisation des populations du désert.

Le palmier pousse un peu partout dans le sol y compris et surtout dans le sable. Sa première fonction est de signaler la présence de l’eau et la possibilité de se nourrir. C’est le premier arbre connu et exploité par l’humanité dans les zones chaudes et désertiques de l’Afrique du Nord et de l’Orient.

Dans les temps bibliques, symbole de prospérité, cet arbre multimillénaire était gravé sur un grand nombre de monnaies romaines et hébraïques. Chez les Chrétiens, encore aujourd’hui, la palme  -autrement dit la feuille du palmier-, associée aux lauriers est symbole de haute distinction et récompense d’un mérite exceptionnel. Dans le Coran, le palmier dattier est souvent cité comme exemple de bienfaits de la divine providence. La vierge Marie aurait donné naissance au Christ sous un palmier dattier. Du reste, ce dernier a souvent été chanté par les plus grands poètes et écrivains du monde entier.

Les habitants des palmiers dattiers

Ainsi le palmier dattier représente, par excellence et mieux, presque exclusivement la culture et la ressource des territoires du Sud algérien. Peu exigeant sous le rapport du sol, il demande au climat de la chaleur et de l’eau qu’il absorbe en quantité. Il est l’arbre des oasis.

Et s’il peut nourrir les hommes et servir de matériau pour leur maison, cet arbre abrite aussi de petits mammifères comme le rat des palmiers, ou rat d’Alexandrie. Ce petit rongeur vit en haut du palmier dattier et peut, en cas de danger, se laisser confortablement tomber au sol en se gonflant comme un ballon ; le rat palmiste est une sorte d’écureuil dont la chair sert à soigner les chameaux et dromadaires. Dans les bouquets de palmes, se nichent aussi des passereaux et des pigeons.

Tout est bon dans le palmier dattier

La langue arabe attribue une multitude de termes au palmier. Cela montre l’importance de cet arbre aux multiples ressources alimentaires et artisanales. On utilise toutes les parties de l’arbre : ses fruits, ses feuilles, sa sève, son tronc.

Les dattes sont les fruits du palmier. Certaines variétés, comme la «Deglet Nour»  (doigt de lumière), qui est produite à Tolga, dans la région de Biskra, sont parmi les meilleures au monde.

Les troncs séchés, transformés en poutres, en chevrons et en piliers, sont utilisés pour la construction des maisons. Quant aux fibres du tronc, elles servent à tisser des cordages pour les marins, des nasses pour les pécheurs, ou à faire de l’étoupe pour rembourrer les coussins et les matelas.

Chant printanier dans l’oasis de Tolga (Biskra)

«La prière et le salut d’Allah sur notre Prophète Mohamed. Palmier, tu es le palmier d’Allah. Je cherche un refuge auprès du Seigneur des mondes contre Satan le lapidé. Le palmier est le palmier du Seigneur…O Dieu ! Féconde-le et fais-le fructifier. Dans ta générosité ne le frustre pas de tes dons…Fais-moi vivre, mon Dieu, pour que je puisse manger de ses fruits !».  (Chant exécuté sous le signe de l’amour cosmique qui épanouit les fleurs et fait tourner les étoiles ; celui-ci est rattaché au principe unique de la piété musulmane)

Des palmeraies à Oued Souf classées patrimoine universel par La FAO

Sait-on que c’est en en juin 2006 que  l’Organisation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture (la FAO) a décidé de classer les «ghouts», anciennes palmeraies de la région d’Oued Souf, patrimoine universel ? (*). Cette décision a été annoncée au cours d’ateliers organisés à El Oued et ayant pour thème  «Le système ingénieux du patrimoine agricole mondial». A la suite de cette classification, il a été demandé aux agriculteurs locaux de préserver les «ghouts» non seulement pour eux mais aussi pour les générations futures.

Il faut noter que les meilleures dattes au monde, les fameuses «Deglet Nour», sont produites précisément dans les ghouts, qui sont de vastes cratères creusés par les Soufis et au fond desquels poussent des palmiers irrigués naturellement de la nappe phréatique. Il faut savoir, enfin, que la région d’Oued Souf compte plus de 9000 ghouts dont environ 900 ont entre temps été détériorés, en raison de la remontée des eaux

Isabelle Eberhardt  à la découverte de la région d’Oued Souf

«Il est des heures à part, des instants mystérieusement privilégiés où certaines contrées nous révèlent, en une intuition subite, leur âme, en quelque sorte leur essence propre (…). Ainsi ma première arrivée à El Oued, il y a deux ans, fut pour moi une révélation complète, définitive de ce pays âpre et splendide qui est le Souf, de sa beauté particulière, de son immense tristesse aussi» (Isabelle Eberhardt découvrant Oued Souf en 1899).                                                  

Le «Nakh» ou la danse des cheveux

Ceux qui ont visité il y a quelques années la région de Oued Souf ont certainement du assister à ces fameuses danses-exhibitions connues sous le nom de «nakh» ou «noukh». Le nakh est une danse bédouine et nomade typique qui a lieu au cours d’un «mahfel» (fête). Elle est exécutée le soir, au clair de lune, par des jeunes femmes célibataires. Les spectateurs forment un croissant. Dans la partie ouverte de ce crissant, sont assis les chanteurs.

Sous la conduite d’une vieille femme, les danseuses arrivent, le visage couvert d’un voile fin, en habit de fêtes, parées de bijoux traditionnels, toujours en argent car les nomades ne se parent pas d’or. Elles se mettent à genoux devant les chanteurs qui entonnent en chœur des chants appropriés, souvent improvisés séance tenante, en battant la mesure sur des tas de sable !

C’est à ce moment là que la vieille dame qui dirige la danse dévoile, une à une, les jeunes filles, découvrant ainsi leur abondante chevelure. Le buste incliné vers l’arrière, suivant le rythme des chants et les applaudissements, les danseuses impriment à leurs cheveux des mouvements de va-et-vient, combiné à une rotation de la nuque, donnant ainsi des ondulations rotatives et semi-circulaires. Seules les chevelures et la nuque sont en mouvement, grâce à la souplesse du cou. Contrairement au «madh», le noukh est une danse propre à la région du Souf. Selon le docteur Si Ahmed Najah, originaire de la région, il n’est pratiqué dans aucune autre région d’Algérie ou du monde. A l’exception, semble-t-il, dune tribu …syrienne, celle des Souleyba, qui pratiquerait le même type de danse. 

La danse des cheveux était encore largement pratiquée lors des fêtes d’hiver et de printemps organisées par la ville d’El Oued, au milieu des années 1970, lorsque  les touristes nationaux et étrangers affluaient en masse vers le Sud algérien.

Kamel Bouslama   

Notes :

(*) Paradoxalement l’Algérie, pourtant censé être l’un des premiers, sinon le premier pays concerné en 2019 par l’inscription à l’Unesco de la culture du palmier-dattier -ne serait-ce que parce qu’il possède les plus grandes et plus belles palmeraies au monde, et que c’est aussi l’un des plus grands, sinon le plus grand  producteur de dattes au monde, avec notamment sa fameuse «Deglet Nour» (doigt de lumière) et la datte blanche, ainsi que les dérivés de ce fruit  -miel, confiture, vinaigre et farine-  eh bien l’Algérie, tenez-vous bien, ne figure pas parmi les quatorze autres pays arabo-musulmans et africains ayant soumis ce dossier d’inscription à l’Unesco. Eh oui, retenez-bien que notre pays ne fait malheureusement pas partie de ceux ayant soumis le dossier d’inscription de la culture du palmier-dattier pour son classement au patrimoine de l’humanité !… Alors que, de toute évidence l’Algérie, davantage concernée non seulement par le nombre, mais aussi et surtout  par les étendues de ses palmeraies -sans doute bien plus importantes que celles de bon nombre d’autres pays arabo-musulmans réunis-  lesquelles  palmeraies, en tout cas, ont fait s’extasier plus d’un parmi les voyageurs du monde entier, ne serait-ce qu’au cours des 18e, 19e et 20e siècles derniers, l’Algérie, disions-nous, aurait pu, voire aurait dû en toute logique être le pays arabo-africain tout indiqué pour piloter ce dossier, que ce soit de façon multinationale, ou même à titre individuel. Car il faut bien comprendre que, dans un cas ou dans l’autre, notre pays est tout à fait dans son rôle. Et cela, de la manière la plus légitime qui soit. Cela dit, rien n’empêche nos responsables concernés de soumettre auprès de l’Unesco, à bon droit mais à titre individuel cette fois-ci, un dossier solide pour le classement, par cette organisation, de la culture du palmier dattier en Algérie au patrimoine de l’humanité. Ce serait là, à n’en pas douter, un des moyens de savoir si justice sera finalement rendue -ou non- à notre pays, lequel, faut-il le souligner, a purement et simplement fait l’objet d’un déni coupable. 

Pour en savoir davantage, suivre le lien ci-dessous :  https://tribune-diplomatique-internationale.com/patrimoine-inscription-de-la-culture-du-palmier-dattier-a-lunesco-sans-lalgerie-un-acte-inconsidere-envers-notre-pays/