"Les dirigeants algériens doivent cesser de faire du chantage à la France pour qu’elle se taise sur leur mauvaise gouvernance" (Mohamed Hennad, politologue) - Radio M

« Les dirigeants algériens doivent cesser de faire du chantage à la France pour qu’elle se taise sur leur mauvaise gouvernance » (Mohamed Hennad, politologue)

Lynda Abbou | 03/10/21 18:10

« Les dirigeants algériens doivent cesser de faire du chantage à la France pour qu’elle se taise sur leur mauvaise gouvernance » (Mohamed Hennad, politologue)

Dans l’entretien qu’il nous a accordé, le politologue Mohamed Hennad, commente l’évolution des relations Algéro-française, après l’étrange déclaration du président français Emmanuel Macron, rendue publique hier, sur le régime algérien et son président Tebboune.

Radio M : Quelle est votre lecture des propos du président français Emmanuel Macron ?

Mohamed Hennad : À dire vrai, je trouve une bonne partie de ses propos pertinents. Je pense même que les Algériens doivent savoir gré au président Macron d’avoir dit tout haut ce que la classe politique française pense tout bas et de les avoir mis au parfum de ce que les autorités françaises – que l’on prend pour complices – pensent vraiment des dirigeants algériens.

Jusque là, Macron a apporté son soutien à Tebboune, pourquoi a-t-il changé de ton, selon vous ?

Il me semble qu’il n’a pas changé d’avis, bien au contraire, il le prend en sympathie lorsqu’il dit « J’ai un bon dialogue avec le président Tebboune, mais je vois qu’il est pris dans un système qui est très dur. ».

Macron a évoqué un « système politico-militaire », très « dur » et « un bon dialogue avec Tebboune », parle-t-il d’un conflit entre différents clans du système algérien ?

Manifestement, pour Macron l’Algérie est dirigé par les généraux. Il ne laisse guère entendre qu’il y a un conflit entre les différents clans du système mais fait, plutôt, allusion au fait que les autorités civiles ne sont qu’une façade, voire une sorte de représentants des généraux auprès de l’opinion publique, ici et ailleurs !

Le président français a également cité le Hirak qui selon lui a « fragilisé le système ». Que pensez-vous de cette déclaration ?

C’est une réponse directe à ceux qui pensent que le pouvoir français soutient le pouvoir algérien. Bien évidemment, le gouvernement français a dû être très sensible aux slogans entonnés dans les marches du Hirak dénonçant les dirigeants algériens comme «les enfants de la France » ! Cependant, déclarer que le « système politico-militaire » est fatigué à cause du Hirak qui l’a «fragilisé » est une reconnaissance de la légitimité de ce dernier.

Comment jugez-vous la réponse officielle des autorités algériennes ?

Somme toute « normale » ! Mais les dirigeants algériens doivent éviter les agitations et les effets d’annonces parce qu’ils ne vont impressionner personne ! Aussi, ils doivent se donner le temps et les moyens pour bien réfléchir aux tenants et aboutissants de cet épisode dans leurs relations avec les autorités françaises. Les dirigeants d’aucun pays ne peuvent être dignes de respect s’ils ne sont pas respectés, d’abord, par leurs propres citoyens.

Comment vous voyez l’évolution des relations Algéro-française, dans les prochains mois ?

À mon sens, rien de particulier, à part quelques agitations et des tirades patriotardes de ce côté-là. Les contacts entre les deux pays continuent de plus belle. Tout va, donc, rentrer dans l’ordre, ou plutôt dans le désordre auquel nous sommes bien habitués. Mais une chose est certaine, continuer à utiliser la « rente mémorielle » dans nos rapport avec la France ne nous avancera en rien, bien au contraire. Il est temps pour les dirigeants algériens de passer à autre chose au lieu de continuer à faire du chantage aux autorités françaises pour qu’elles se taisent sur leur mauvaise gouvernance.

Propos recueillis par Lynda Abbou