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Le rappeur algérien Icowesh sort son cinquième album de l’année

Info Radio M | 25/12/20 15:12

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Le rappeur algérien Icowesh sort son cinquième album de l’année

Par : Walid Boudoukha

A bientôt 30 ans, le natif d’Alger compte en dix ans de carrière, deux mixtapes avec son ancien groupe Bled-Art et huit albums solos, dont son dernier né « Baya », sorti le 21 décembre dernier, le cinquième en douze mois.

Le 21 décembre 2019 Icowesh sortait “Prologue”, le premier album de rap algérien distribué exclusivement en streaming et en digital sur les plateformes de streaming musical. Un an après cette révolution commerciale, il sort toujours en streaming, “Baya”, un album haut en couleur, qui même s’il est précédé par quatre projets qui ont vu le jour en l’espace de quelques mois, se démarque artistiquement, et ce sur plusieurs plans.

En effet, même si cet opus comporte de nombreux titres composés avec les instruments inévitables pour un album de rap, à savoir la guitare et le piano, il embarque néanmoins l’auditeur dans un univers aux sonorités différentes avec guitare électrique, violon et autres influences musicales asiatiques différemment rythmées.

Ce “risque artistique” vient concrétiser les nombreux essais musicaux que l’on peut constater au fil des projets d’Icowesh. Musicalement, il s’agit certainement du projet le plus riche et le plus abouti de sa carrière.

Côté paroles, le point fort qui a fait la réputation d’Icowesh dans le milieu du hip-hop algérien, nous avons droit à quelques textes engagés comme souvent, mais pas que, l’artiste malmène sa plume en la faisant danser sur un titre tel que “Dans le mood”, penser sur “3lech”, ou encore pleurer sur “Disc rayé”, une véritable douceur auditive qu’Icowesh partage avec Aglaé, l’unique voix féminine du projet. Cet ascenseur émotionnel qui fait voyager et qui peut plaire à un public très large, fait à lui seul la richesse de l’album.

Le dialecte algérien, retour aux sources

Contrairement aux quatre derniers projets où la langue française règne en maître, le dialecte algérien s’invite sur sept des dix-sept titres de “Baya”, “pour cet album je tenais à faire une moitié en français, et l’autre en arabe, car chacune des deux langues offre une capacité d’expression différente, qui selon moi rendait le projet plus abouti, même si le succès des dernières chansons produites en arabe m’a un peu influencé concernant ce choix”, nous assure l’auteur de “Baya”. Ce choix peut aussi paraître évident lorsque l’on repasse en revue la carrière d’Icowesh, bâtie sur les bases d’un rap algérien fondé il y a près de vingt-cinq ans par des groupes tels que MBS. La référence n’est pas anodine puisque l’on retrouve Rabah Donquishoot (l’un des membres fondateurs du groupe MBS) sur deux chansons de l’album (“3lech” et le remix de “3endi sahbi”). Le rappeur Klam sur “si tu savais” et la chanteuse Aglaé sur “Disc rayé”, clôturent la liste des featurings.

Les thèmes abordés ne sont pas en reste, du succès à l’injustice sociale, en passant par l’amour, l’amitié, l’exil ou encore la drogue. Les thèmes variés parlent à l’ensemble de la société, et à la jeunesse en particulier. Enfin, l’approche très personnelle que choisie Icowesh interpelle, puisqu’en plus des textes souvent inspirés d’un vécu personnel, narrées tout au long de l’album, il déclare à la radio Beur FM que “l’idée directrice était de clôturer les cinq albums avec un projet personnel qui a du sens, d’ailleurs le titre de l’album porte le prénom de ma défunte grand-mère”.

Le streaming rame toujours

Mais que pousse un rappeur algérien à être aussi productif ? La question est légitime lorsqu’on prend en compte la non-rentabilité d’une telle démarche. “Pour l’instant, ce n’est pas assez, voire pas rentable du tout” assure Icowesh avant de tenter d’expliquer le phénomène, “du moment qu’il n’y a pas de paiement électronique, il y a forcément peu d’abonnés pour streamer. N’oublions pas également que le streaming en Algérie rapporte moins qu’à l’étranger à nombre égal de streams. Par exemple, 60 000 streams en France rapportent environ 100 euros, contre moins d’un euro en Algérie”. Le streaming qui ne rapporte donc pas encore, n’en demeure pas moins une source de motivation. “Constater que le public se rend de plus en plus sur ce type de plateforme nous a donné plus de volonté pour maintenir un tel rythme” conclut-il.

Sentant le bon filon, les acteurs de la scène hip-hop algérienne occupent de plus en plus le marché digital de la distribution. Cette démarche, à défaut de leur permettre de vivre de leur musique, inculque au public ce mode de consommation qui peine à éclore en Algérie, en attendant que les plateformes de streaming revoient à la hausse les bénéfices dus aux artistes algériens et que le paiement en ligne se démocratise davantage.

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