Consommation : Le pain, c’est sacré ! - Radio M

Consommation : Le pain, c’est sacré !

Radio M | 12/11/22 16:11

Consommation : Le pain, c’est sacré !

Pour beaucoup sous d’autres cieux, le pain, c’est sacré. Autrement dit, on ne jette pas le pain dur ou rassis à la poubelle. Bien au contraire, il est recyclé de mille et une façons. Toutefois chez nous, le spectacle affligeant que donne l’existence de bacs à pain de couleur jaune aux cotés des autre bacs à ordures prouve, à tout le moins, que celui-ci est plutôt gaspillé à tout-va.

Eh oui, quand on se hasarde à une comparaison avec ce qui se fait ailleurs, dans d’autres pays, il suffit juste de remonter quelque peu le passé pour se remémorer, travers les quelques voyages effectués ici et là -en Espagne, en Italie, en Allemagne, en France ou en Grande Bretagne, pour ne citer que ces pays-là-, la manière intelligente dont le pain rassis est traité dans ces pays. Principe cardinal : ce pain-là n’est  jamais jeté à la poubelle. Il est recyclé, bien entendu en fonction de la seconde vie qu’on veut lui donner. Ainsi le pain rassis, en Italie, est recyclé en pizza, nonobstant, bien sûr, le fait que celle-ci est préparée aussi à base de pâte fraiche. Quand on se rend dans une trattoria ou une pizzéria par exemple, et qu’on y commande une pizza, on remarquera bien souvent que celle-ci, à peine mise au four, est retirée aussitôt -trois à quatre minutes environ- et cuite à point, tenez-vous bien ! Pourquoi aussi vite ? Tout simplement parce que dans de nombreux cas la pâte a déjà été précuite, lorsque c’était du pain, et que celui-ci, devenu rassis, a juste été mouillé puis malaxé à nouveau pour (re) donner la fameuse pâte à pizza. En Grande Bretagne, c’est une autre façon de recycler le pain rassis. Celui-ci est moulu pour devenir, malaxé avec d’autres ingrédients, de la farce qui va garnir le fameux pudding réputé à travers le monde entier. Là-aussi,  l’acte sacrilège qui consiste à jeter le pain rassis à la poubelle n’existe pas chez les Britanniques. En Espagne, le pain rassis est également traité avec beaucoup de respect. Les Espagnols le transforment en fameux croutons qui sont généralement consommés au petit déjeuner. Au Portugal, on en fait la recette du fameux «rabanadas», pain fris au lait et œufs frais saupoudré de sucre et assorti de quelques ingrédients. En Allemagne, on en fait depuis peu de l’énergie pour servir à toutes sortes d’usages domestiques, voire industriels. En France, ce sont aussi de multiples recyclages y compris cette fameuse chapelure obtenue à partir de pain rassis moulu et qui va servir à paner plusieurs aliments mis à cuire, etc. Et dans notre pays, qu’en est-il du sort réservé au pain rassis ? D’abord, un petit rappel historique pour dire que ce pain-là n’était jamais jeté par nos parents et grands-parents qui, après l’avoir découpé en touts petits morceaux, le laissaient sécher pour ensuite en en faire, quelque fois en le mélangeant avec des particules de galette séchées aussi, la fameuse «chakhchoukha» arrosée d’une sauce délicieuse généralement agrémentée de pois chiches, quelque fois de viande séchée. Touts petits que nous étions, nous en raffolions et, très souvent, on demandait à nos mères et grands-mères de nous en préparer. Autre souvenir inoubliable, celui du petit crouton de pain qu’on trouvait quelque fois par terre. On le ramassait, on l’embrassait, on se touchait le front avec, ensuite on le posait  avec grand respect sur un muret ou dans un endroit approprié ; afin, s’imaginait-on dans notre esprit d’enfant, qu’il puisse profiter au moins à quelque moineau ou pigeon de passage. 

Les bacs à pain rassis de couleur jaune ne sont pas censés exister

Mais aujourd’hui, et contrairement à ces valeurs courantes à l’époque, cet amer constat établi chaque jour que Dieu fait : alors que nous n’avons jamais eu, jusque-là, l’occasion de voir, nulle part à travers le monde, des bacs  -en quelque sorte à déchets-  réservés spécialement au pain rassis, voilà que c’est paradoxalement le cas chez nous. Des étrangers de passage à Alger, ont même affirmé, selon leurs propos, avoir été effarés de remarquer qu’il y a ici et là dans la capitale des bacs à pain de couleur jaune aux cotés des autres bacs verts à déchets domestiques. Et, lorsqu’un dialogue est établi avec eux, de nous expliquer en quelques mots comment ils font pour recycler le pain rassis chez eux. Certes, on peut bien admettre une chose : le fait qu’il y ait un bac spécialement pour le pain renseigne sur le fait que les habitants ne veulent pas, malgré tout, le mélanger avec les autres déchets domestiques, ce qui est quelque peu louable. Des voisins d’immeuble rétorqueront même que ce pain rassis est généralement destiné aux éleveurs de volaille qui passent régulièrement  là où celui-ci est entreposé, pour le récupérer et en faire un aliment pour leur volaille. Mais cela n’excuse pas l’existence de ces bacs à pain rassis, lesquels, avant tout, ne sont pas censés exister. Car le fait même qu’il y ait ces bacs signifie qu’il y a gaspillage de pain, ce qui est tout à fait insensé, voire aberrant dans un pays où le mode alimentaire repose essentiellement sur tout ce qui est à base de blé. Alors, question qui tombe sous le sens et qui sonne déjà comme une réponse : manque- t’on à ce point de bon sens pour continuer de considérer, sauf exception chez quelques citoyens, le pain rassis comme un déchet et le «jeter» vulgairement dans la rue, même si c’est dans un bac à pain ? Ne serait-il pas plus sage de revenir aux bonnes vieilles valeurs qui existaient du temps de nos aïeux et qui consistent à le recycler ? Ce serait-là, sans aucun doute, une façon non seulement de se réconcilier avec soi-même mais aussi de susciter de nouveau le respect de l’Autre envers nous autres Algériens. Or nous n’en sommes pas encore là, malheureusement, et l’on se demande, à juste titre, s’il ne faut pas tout simplement sévir dans ce domaine.

Kamel Bouslama