Le martyre de Ghaza, l’Occident et les “esclaves de maison” (Blog) - Radio M

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Le martyre de Ghaza, l’Occident et les “esclaves de maison” (Blog)

Radio M | 04/12/23 13:12

Le martyre de Ghaza, l’Occident et les “esclaves de maison” (Blog)

Le massacre des femmes et des enfants palestiniens, validé par l’Américain Joe Biden, dénoncé sur Twitter sous le sobriquet de “Genocide Joe”, a repris après une petite trêve. Les Etats arabes, des dictatures et des autoritarismes de l’Atlantique au Golfe, n’offrent aucun soutien aux Palestiniens, les peuples, quand ils peuvent manifester sous haute surveillance, sont impuissants à imprimer aux dirigeants une attitude offensive face à la guerre de génocide. 

Celle-ci est soutenue par l’ensemble des pays occidentaux, même si quelques voix dissonantes, comme celle de l’Espagne, se font entendre. Le cas de l’Allemagne est caricatural, les héritiers des exterminateurs des juifs devenant l’État européen qui soutient avec le plus de ferveur l’entreprise génocidaire contre les Palestiniens. Le soutien arabe concret fait défaut, même les aides humanitaires n’arrivent pas. 

L’Egypte joue à la base logistique d’une aide internationale qui n’entre pas dans Ghaza, sans l’autorisation d’Israël. Sissi et la caste au pouvoir ont les mains trop liées pour pouvoir assumer courageusement l’ouverture du point de passage de Rafah quitte à mobiliser son armée en cas de menace israélienne. Sissi aurait refusé une aide de 25 milliards de dollars pour accepter le déplacement de la population de Ghaza dans le Sinaï. Trop risqué dans un pays où la population n’a jamais accepté la normalisation avec Israël. 

La Jordanie tremble à l’idée d’un déplacement forcé – dont les ingrédients sont réunis – de la population palestinienne de Cisjordanie. Là, également, le refus est catégorique. Que des Etats aussi tenus et vassalisés que l’Egypte et la Jordanie en arrivent à dire non à Joe Biden est un signe que les choses sont allées trop loin. Au sein des opinions publiques arabes, les Palestiniens, peu importe leur obédience, sont dans une résistance légitime à une occupation. Pour celles, plus larges, des opinions du grand sud, c’est la preuve sanglante, une fois de plus, de la perception à géométrie très variable du droit international par les puissances occidentales.

L’Occident co-executeur du génocide

Mais les peuples continueront à manifester, quand ils le peuvent, pour adresser un message fort à cet Occident “civilisé”, cosignataire d’une barbarie couverte en direct par les journalistes palestiniens qui meurent par dizaines, au milieu de leur peuple. C’est un message de rupture : les régimes occidentaux – oui, il faut bien leur appliquer ce mot de “régime” un tantinet péjoratif – n’ont plus aucun magistère moral à opposer au reste du monde. 

La défense des libertés et de la dignité a cessé d’être occidentale, elle est portée par ces manifestants qui de Londres à Johannesburg, du Yémen, à New York, dit l’évidence: un génocide est en cours soutenu par les Etats-Unis et les Etats occidentaux. L’alignement, flagrant et insupportable, de la plupart des médias de l’Occident sur le récit israélien pour justifier ces massacres aussi cruels que lâches, n’empêche pas les opinions de voir ce qu’il se passe réellement à Ghaza et en Cisjordanie.

Si Facebook joue clairement la carte de la censure au détriment des Palestiniens, les choses sont plus ouvertes sur twitter. Ils peuvent entendre des voix qui disent autre chose que les éléments de langages israéliens répétés jusqu’à la nausée dans les médias occidentaux.

Des BHL et des “esclaves de maison” contre les Mélenchon et Corbyn

“Aujourd’hui, ceux qui détiennent le pouvoir ont décidé que le massacre d’enfants allait reprendre à Gaza” a déclaré le 1er décembre, James Elder, porte-parole de l’UNICEF. Constat clair. Ceux qui ont le pouvoir sont à Washington et dans les Etats occidentaux qui arment et financent les assassins. 

En France – où le journaliste Mohamed Kaci de TV5 a été “désavoué” par sa direction pour avoir fait son boulot face à la morgue d’un porte-parole de l’armée israélienne – des voix résistent. La plus insultée par la soldatesque médiatique d’Israël en France, est celle de Jean-Luc Mélenchon, traité d’antisémite car refusant de reprendre les éléments de langage fournis par Israël et Washington. 

Samedi, il a redit que les bombardements sur Ghaza présentent “tous les indices d’une volonté génocidaire ». C’est une voix autrement plus authentique que celles des Meyer Habib, des Sifaoui et BHL, lequel, apprend-on, aurait soufflé à Emmanuel Macron, l’idée d’une “coalition internationale” contre le Hamas. Jeremy Corbyn, en Grande-Bretagne, fait, depuis plus longtemps, l’objet des mêmes accusations d’antisémitisme en raison de ses positions en faveur des droits des Palestiniens. 

Ces voix ont plus de sens pour les Algériens qui, au-delà de leurs divergences politiques, défendent le droit des peuples occupés à la résistance y compris par les armes. Plus de sens que celle de ces Algériens médiatiques devenus néo-français et qui soutiennent avec zèle le massacre israélien juste pour être la vieille optique de la reconnaissance des maîtres: “voyez, je ne suis pas comme les autres”, le rêve éveillé des “esclaves de maison”. 

Feu Harry Belafonte, parlant, à l’occasion de la guerre de George W Bush sur l’Irak, de Colin Powell un homme autrement plus puissant que les Sifaoui and co, expliquait qu’à « l’époque de l’esclavage, un vieux dicton disait qu’il y avait des esclaves qui vivaient sur la plantation et d’autres qui vivaient dans la maison. Vous aviez le privilège de vivre dans la maison si vous serviez le maître exactement de la manière dont le maître voulait que vous le serviez. Cela vous donnait un privilège. Colin Powell est autorisé à entrer dans la maison du maître, à condition qu’il serve le maître selon les ordres de ce dernier. Maintenant, lorsque Colin Powell osera suggérer autre chose que ce que le maître veut entendre, il sera renvoyé en pâture.”. Harry Belafonte était un résistant, pas un esclave de maison.

Quand le MSP ne dit rien sur les mésaventures de Makri

En Algérie, Abderrezak Makri, ancien président du mouvement de société de paix (MSP) a découvert, le 28 novembre, qu’il était l’objet d’une interdiction de sortie du territoire national. L’homme ne faisant, officiellement du moins, l’objet d’aucune poursuite judiciaire, on se perd en conjectures sur les motivations de cette mesure. 

Au plan du droit donc, la mesure est arbitraire car elle ne peut être prise que pour une “durée déterminée et par une décision motivée de l’autorité judiciaire” (Cf. article 49 de la constitution). Qu’est-ce qui peut motiver cette mesure? L’activisme pro-Palestine de Makri qui devait, selon son post sur Facebook, se rendre à Doha, pour rencontrer des dirigeants du Hamas, puis à Kuala Lumpur, pour préparer une rencontre internationale sur les Etats Occidentaux et l’entreprise génocidaire contre Ghaza? Ou plutôt le fait qu’il ait laissé entendre qu’il serait candidat à la prochaine élection présidentielle ? 

Certains, par anti-islamisme, se réjouissent de la mesure en oubliant la parabole du taureau blanc qui se fait manger –  أُكلت يوم أكل الثور الأبيض – car les taureaux rouge et noir n’ont pas voulu être solidaires, lesquels seront mangés à leur tour… Le cas Makri renseigne sur l’état de la scène politique algérienne où plus aucune voix un tantinet discordante n’est permise. 

Cet assèchement total de la vie publique par la répression n’est pas un signe de force du régime. Plus personne ne doute que les libertés étaient relativement en meilleur état sous le régime de Bouteflika. L’UCP de Zoubida Assoul n’a pu organiser, comme prévu, son université d’automne dans un hôtel et a dû se replier sur son siège. Zoubida Assoul est potentiellement candidate, elle aussi, à la prochaine présidentielle, dont le général Ali Ghediri est déjà exclu par l’alourdissement de sa peine, en appel. 

Le plus frappant est que le MSP, le parti que Makri a présidé pendant dix ans, n’a pas réagi à la mesure prise à son encontre. Pas le moindre communiqué sur les pages du MSP sur les réseaux sociaux. Cette soumission au fait accompli – même si elle se fonde sur un prétendu intérêt “supérieur” du parti – est alarmante. Ces partis qui font formellement le décor du pluralisme découvrent que même dans un rôle de figuration, ils doivent attendre que le régime leur donne la partition. Un régime où l’on ne semble plus se soucier de sauver les formes avec une élection présidentielle qui se prépare sous le mode du parti unique.

mohamed Salhi