Le couscous nord-africain est d’origine numide ! [Blog] - Radio M

Le couscous nord-africain est d’origine numide ! [Blog]

Rédaction | 04/01/22 17:01

Le couscous nord-africain est d’origine numide ! [Blog]

Par Kamal BOUSLAMA (*)

Mais pourquoi, diable, veut-on, «urbi et orbi», attribuer au couscous nord-africain une paternité autre que numide, de surcroit en brandissant chaque fois une supranationalité dite maghrébine (1), rédhibitoire, alors que toutes les preuves scientifiques attestant de son origine authentiquement numide et, de surcroit, dans les mêmes frontières que celles du Nord de l’Algérie d’aujourd’hui, existent de façon on ne peut plus tangible, à savoir les sources documentaires d’ordre archéologique, ethnographique, historique, etc.

Et ce n’est pas tout :  voilà que l’un des quatre pays -le Maroc- ayant pourtant pleinement adhéré au caractère nord-africain du couscous au moment où le dossier pour son classement au patrimoine mondial à été présenté de façon conjointe à l’Unesco, voilà donc que ce pays s’est entre temps rétracté et, depuis belle lurette, prétend vouloir en présenter individuellement le dossier auprès de la même institution mais en lui attribuant une paternité spécifiquement marocaine.  

Il n’y a pourtant, que l’on sache, aucune autre source scientifique, soit-elle à caractère archéologique, ethnographique, historique ou autre, qui atteste de cette origine ou la situe en dehors de la Numidie, autrement dit de l’Algérie actuelle(2). Et, du reste, quand bien même il en existerait une que l’on ne sache pas encore, elle serait la bienvenue. Toujours est-il qu’il faut bien, pour l’heure, se rendre à l’évidence : contrairement aux contre-vérités colportées ici et là par des esprits revanchards et officines douteuses d’outre frontières, et même par des Algériens eux-mêmes, le couscous n’est pas d’origine dite «maghrébine» et encore moins arabe et ce, pour la raison bien simple qu’il n’a jamais, au grand jamais été importé d’Arabie, bien au contraire : il a été plutôt découvert chez nous par les Arabes et à quelle occasion ? Tout bonnement lorsque ceux-ci sont venus pour la première fois dans notre pays, autrement dit durant la dite «conquête arabe». Eh oui, pour paraphraser cette publicité d’un autre temps, non seulement le couscous est bel et bien d’origine berbère mais, de surcroit, il est né chez nous, en Algérie antique.

Entre autres preuves scientifiques, celle avancée par l’historienne culinaire Lucie Bolens qui décrit, dans son étude, des pots primitifs de couscous trouvés dans des tombes qui remontent au règne du roi numide Massinissa : autant dire entre 238 et 149 Av JC.

On a ainsi pu noter que la procession mortuaire en question était un symbole de fertilité et de prospérité dans le monde des morts au temps de la mythologie berbère de Numidie : citons bien à propos le «Medracen», tombeau de Massinissa, premier roi de la Numide unifiée ; et le tombeau de Syphax, grand roi des numides Massaesyles. Les nombreux autres couscoussiers trouvés dans ces tombeaux antiques ne semblent d’ailleurs pas être les seuls témoins de l’origine numide formelle du couscous : des fouilles archéologiques dans la ville de Tiaret ont permis de révéler la présence de plusieurs ustensiles -datant du IXème siècle- et nécessaires à la préparation du couscous. Et ce n’est pas tout : dans les environs de la ville de Mila, les archéologues ont retrouvé des «matmouras», sortes de cuves antiques servant de réserve provenant du surplus de couscous fabriqué pour la saison hivernale durant les temps anciens.                                                                                                  

Il faut savoir ici que l’Etat numide, cette immense région d’Afrique du nord dans l’Antiquité, était non seulement prospère, mais était considérée aussi comme le «Grenier à blé de Rome». Et, d’évidence, «grenier à couscous».                                                                                  

«Rendre à César ce qui appartient à César»

Eh oui, bien avant la fondation du royaume de Numidie, les tribus berbères nomades qui peuplaient l’actuelle Algérie, maîtrisaient déjà la culture des céréales, en particulier celle du blé nécessaire à la confection du couscous. Les recherches effectuées par les anthropologues du Centre National de Recherches Préhistoriques, Anthropologiques et Historiques (CNRPAH) (3) dépendant du ministère de la Culture algérien, ces recherches donc, effectuées sur l’origine de cet aliment ont été menées dans la région de Kabylie, plus précisément dans des grottes proches de la ville d’Akbou. Les scientifiques du CNRPAH y ont effectivement découvert des grains de blé fossilisés datant de plusieurs millénaires. Ce qui nous renseigne sur cette culture vivace dont nos ancêtres dépendaient pour leur besoins alimentaires. D’ailleurs l’importance du blé sera telle que plus tard, le royaume de Numidie sera le futur «grenier à blé de Rome», lui fournissant des quantités importantes de blé de qualité.

Plusieurs autres chercheurs en quête de vérité sur l’origine nord-africaine du couscous ont pour leur part mené des recherches qui ont conduit à un seul point géographique : L’Algérie. C’est ainsi que le professeur français en lettres et spécialiste des cultures turque et maghrébine Alain Mordelet, auteur du livre «Saveurs du Maroc : 120 des recettes des cuisines berbères et arabo-andalouses», ayant eu soif de vérité sur l’authentique origine du couscous, sera déçu par ses recherches au Maroc car, les traces sur l’origine de ce mets, sous quelque aspect et/ou indice matériel que ce soit, n’y étaient aucunement présentes. Il lui a donc fallu se rendre en Algérie, ce qui le mènera à la découverte de couscoussiers datant du IIIème siècle avant Jésus-Christ, notamment dans les sépultures des rois numides.

Quant aux Arabes, dont on dit -à tort- qu’ils nous ont apporté le couscous, ce n’est qu’après leur dite «conquête» qu’ils ont découvert ici-même puis adopté la recette de ce plat et l’ont, par la suite, répandue un peu partout à travers le monde dit arabo-musulman et jusqu’en Andalousie.

Voilà pour ce qui est des origines numides d’un mets qui, au fil du temps, est devenu d’abord nord-africain, puis sub-saharien, ensuite français, voire à présent mondial. Mais comme il faut toujours «rendre à César ce qui appartient à César» -et ce, quand bien même, en bons princes, ce sont pourtant les Algériens, en la personne du préhistorien et directeur du CRAPAH Slimane Hachi, qui avaient présenté le dossier pour son classement à l’Unesco en tant que plat nord-africain, il ne faut jamais perdre de vue que son origine est avant tout numide, autrement dit algérienne aujourd’hui. Et là, ce n’est point une vue de l’esprit, dans la mesure où les preuves scientifiques, aussi cinglantes soient-elles pour les contradicteurs et détracteurs d’ici et d’outre frontières, existent bel et bien.    

K.B.

(*) journaliste et consultant en communication.

                                                                                                          


Notes :

(1) La technique qui sous-tend le processus d’appropriation  par le voisin de l’ouest est simple : quand il veut graduellement en arriver à usurper un élément de patrimoine dont tout le monde sait pertinemment qu’il est d’origine algérienne, celui-ci va d’abord, dans une première étape, tenter de l’extraire de son contexte purement national en admettant, voire en encourageant de façon grotesque la dilution -de l’appartenance originelle- de l’élément en question dans une dimension exclusivement «maghrébine», autrement dit supranationale. Après quoi, une fois la dimension maghrébine de l’élément de patrimoine affirmée, établie, il va, dans une seconde étape, au nom de cette «maghrébinité» notoirement ressassée de longue date, tenter de s’attribuer carrément la paternité de cet élément-là, tout en rejetant, ou tout au moins en occultant sa paternité originelle à savoir l’algérienne. Le cas du couscous en est l’illustration éloquente. Mais il n’est pas le seul car il est d’autres exemples similaires que nous ne manquerons pas, à l’avenir, de porter à la connaissance de nos lecteurs                                                                                                             

(2) Pour les sceptiques, il faut bien se rendre à l’évidence : la Numidie de l’époque antique est bel et bien l’ancêtre de l’Algérie actuelle. Tout comme la Gaule de l’époque antique est bel et bien l’ancêtre de la France actuelle.

(3) Centre National de Recherches Préhistoriques, Anthropologiques et Historiques (CNRPAH)