La Présidence Tebboune en perdition sur un champ de ruines politique (Analyse) - Radio M

La Présidence Tebboune en perdition sur un champ de ruines politique (Analyse)

Radio M | 11/01/21 06:01

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La Présidence Tebboune en perdition sur un champ de ruines politique (Analyse)

Que peut encore faire en 2021 Abdelmadjid Tebboune pour éviter à sa présidence d’entrer comme le plus grand naufrage politique dans l’histoire institutionnelle du pays ?

Il y avait encore le vendredi 28 février 2020, à Alger et dans une majorité de grandes villes d’Algérie des centaines de milliers de manifestants du Hirak qui contestaient la légitimité de Abdelmadjid Tebboune, à la tête du pays. C’est, beaucoup l’oublient, le point de départ du rallye politique qu’a tenté le président contesté des Algériens, lorsque la pandémie du Covid-19 a obligé le Hirak a déclaré une trêve des marches populaires, le vendredi suivant.

10 mois et une semaine plus tard, le virus circule toujours, les manifestations massives ne sont pas revenues, et le rallye a échoué à donner une consistance à la présidence de Abdelmadjid Tebboune. Ferhat Ait Ali, alors consultant pamphlétaire sur RadioM avait suggéré une formule coutumière parlant de l’impopularité du nouveau président, à l’antenne de la web-radio : « l’amour vient après le mariage ». Avec les différentes, distanciations, en Algérie puis en Allemagne, la désertion des urnes le 1er novembre 2020 pour le référendum constitutionnel, le mariage n’a même pas été consommé rétorquerait, au controversé ministre de l’industrie, la chronique de la première année du mandat présidentiel.

Un coup de menton paralysant

L’ambiance était, ce dimanche 10 janvier celle d’un rendez vous raté avec sa fonction, à la cérémonie de son nouveau départ en Allemagne, où il doit soigner son pied victime d’une complication liée à la Covid. Abdelmadjid Tebboune, 75 ans,  le ton badin, tient des propos sommaires sur la continuité de l’Etat, remercie l’armée pour son rôle et critique le gouvernement Djerad. Il faut comprendre, en creux, que ses injonctions ne sont pas suivies d’effets.

Son court séjour à Alger lui a sans doute donné une idée un peu moins vague sur la dangerosité de la situation pour son exercice du pouvoir : accélération du chômage, bond de l’inflation lié notamment à la dévaluation en cours du dinar, blocage des investissements et des financements bancaires, et par dessus tout persistance du spectre des marches populaires. Il a choisi le coup de menton pour réagir. 

En démettant le ministre des Transports et le patron d’Air Algérie de leurs fonctions pour un acte de gestion qui ne le regarde pas, il a tétanisé un peu plus l’appareil de l’Etat. Les acteurs de l’économie se plaignent qu’aucun ministre ou presque, aucun directeur d’office public, aucun directeur de banque publique,  n’engage plus sa signature de peur de représailles au risque d’asphyxier l’activité. Tebboune a mis le dernier clou dans le cercueil. Symbole d’une présidence en perdition. A la recherche d’une formule incantatoire qui remette le pays dans le sens de la marche. Mais qui en aggrave l’impasse à chaque geste. L’Algérie sera, par exemple, le dernier pays du Maghreb à engager la campagne de vaccination anti-Covid.

Ici comme ailleurs pour les pénuries de médicaments, ou l’arrêt de chaines de production, le gel des arbitrages et des décisions des officiels est le marqueur de l’année Tebboune, alors même que son discours est une injonction à agir, produire, délivrer. La haute technocratie a, en prenant des initiatives, plus peur de la brigade de gendarmerie de Bab Ejdid, que du palais d’El Mouradia en optant pour le statu quo.

Abdelmadjid Tebboune a échoué à diffuser de la confiance dans les périmètres les plus proches de son bureau. Il en résulte la scène pathétique du salon d’honneur de l’aéroport de Boufarik, ou le gouvernement apparaît comme un corps étranger à la volonté présidentielle.

De rares forces gaspillées

Pour avoir une chance infime de réussir le Rallye engagé par la présidence Tebboune « profitant » de la trêve des marches populaires aurait du avoir un contenu inverse que celui qu’il s’est choisi. Il a décidé de valider, en dépit des avertissements, le travail en vase clos de la commission Laraba sur la révision constitutionnelle en prenant le risque d’accentuer son isolement politique.

Les soutiens de l’ancien régime (FLN et RND) combinés à ceux des ralliés ont accéléré le sentiment que le « nouveau » régime n’avait en fait d’autre « base électorale » que celle de Bouteflika. Abdelmadjid Tebboune veut, aujourd’hui, avancer vers les élections législatives avec la même déficience. Pas de courant présidentiel alternatif à celui qui a porté le président déchu durant de si longues années et dont le soutien porte celui qui en bénéficie comme la corde porte le pendu.

Le retour et l’élargissement de Khaled Nezzar, ainsi que l’acquittement de Mohamed Mediene dit Toufik, ont, pour ceux qui avaient encore un doute dans les chaumières, achevé d’identifier la présidence Tebboune à une continuité à peine sophistiquée du système dans sa version Bouteflikienne, toujours parrainée par l’ANP.  

Affaibli par les séquelles de la maladie, désabusé par la paralysie qu’il a aggravée depuis une année, dépassé par les évènements géopolitiques qui ont impliqué l’Algérie au moins dans la séquence marocaine du mois dernier, le président Tebboune n’inspire aucun enthousiasme dans son propre camp.  Il a tenté de gagner du temps en décidant une consultation des partis politiques au sujet de la loi électorale censée être délivrée par la commission Laraba.

La suite est écrite. En l’absence de mesures de libération des détenus du Hirak et d’opinion, et la cessation des poursuites contre eux, l’offre de concertation sur un texte de loi parcellaire est assurée de tomber à plat. Tout ce qui compte par sa proximité au mouvement populaire se tiendra à l’écart de la feuille de route unilatérale que tente vaille que vaille de poursuivre la présidence Tebboune parmi les décombres de 2020 et du référendum constitutionnel.

La clameur des manifestants rappelant que « Tebboune n’a pas de légitimité » et qu’il a été « intronisé par l’armée » plane toujours sur l’espace public algérien, déserté pourtant par les marches massives. L’ancien Premier ministre de Bouteflika n’a pas pris la mesure de cette défiance populaire. Il a été très mal inspiré de penser pouvoir l’étouffer dans le tourbillon de la lutte contre l’épidémie du coronavirus. Il y a laissé, comme Gaïd Salah avant lui, ses rares forces et se retrouve un an plus tard, au bord d’un gouffre politique critique pour lui et pour l’avenir du pays.

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