Essais nucléaires français en Algérie: Bendjebbar, précurseur de la lutte pour la reconnaissance des victimes (Blog de Ziad Salah) - Radio M

Essais nucléaires français en Algérie: Bendjebbar, précurseur de la lutte pour la reconnaissance des victimes (Blog de Ziad Salah)

Info Radio M | 16/02/21 00:02

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Essais nucléaires français en Algérie: Bendjebbar, précurseur de la lutte pour la reconnaissance des victimes (Blog de Ziad Salah)

Un regain d’intérêt pour les victimes des essais nucléaires françaises en Algérie, oubliés des décades durant, est remarquable ses derniers jours. La coïncidence avec le 61ème anniversaire de « la gerboise bleu » n’explique pas à elle seule la remise sur le tapis de ce dossier de discorde entre Alger et Paris. Contentons-nous de signaler que le chef de la diplomatie algérienne et un officier supérieur de l’ANP ont évoqué les effets néfastes sur les humains, la faune et la flore des expérimentations françaises dans la région de Reggane et Iker au sud algérienne à la veille de l’indépendance nationale.

Le combat pour la reconnaissance par la France de son crime (enfin d’actualité !!!) l’a mené seul Bendjebbar Abdelhak Mohamed, un officier de l’ANP, retraité à l’âge de 31 ans à cause de son irradiation. Soumis à l’obligation de réserve par son chef feu Kasdi Marbah (patron des services) qui l’a chargé de la mission de récupérer les épaves éparpillées dans la nature, Bendjebbar décide au milieu des années 80 du siècle dernier de rompre le silence. En accordant des entretiens à certains journalistes français notamment. Mais c’est au milieu des années 90, avec l’ère de l’Internet, qu’il prendra à bras le corps le combat pour la reconnaissance et l’indemnisation des victimes de ces essais. Et là, il savait de quoi il s’agit puisqu’il était soumis à un traitement médical très lourd et très contraignant. Avec la complicité de quelques journalistes, il est rentré en contact avec les militants de l’AVEN (Association des Victimes des Essais Nucléaires) dont Bruno Barillot. Ce qui lui a valu une invitation par l’association Genisken (des victimes de la bombe d’Hiroshima et Nagasaki) en Août 2002. L’ambassadeur d’Algérie à Tokyo lui refusa une copie de l’hymne national sur CD et une couronne de fleurs à déposer au pied du monument des victimes nippones. Sa famille garde toujours la réponse écrite de ce diplomate. Néanmoins, du périple japonais, il a gardé un sentiment fort. « En voyant des milliers de japonais alignés et en garde à vous quand une troupe a entonné Kassaman, je n’ai pas pu retenir mes larmes » confia-t-il à ses amis journalistes venus aux nouvelles. Par ailleurs, il a été un des premiers signataires de l’Appel d’Hiroshima revendiquant un monde débarrassé des armes nucléaires.

N’ayant pas trouvé d’écoute au niveau de sa patrie, BENDJEBBAR s’est déployé au niveau de l’international pour faire avancer sa cause. Feu Yazid Zarhouni, alors ministre de l’Intérieur, a empêché l’association nationale des victimes des essais nucléaires de prendre la moindre initiative pour se faire connaître et évoquer le drame de ses adhérents et de leurs. Avant la promulgation de la Loi dite Morin en France, il sera invité par le Sénat français en 2007 où il présentera un exposé sur les effets des essais de Reggane et Iker. Dans le rapport des débats organisés par cette institution française, son nom est mentionné. Le 30 Novembre 2012, Bendjebbar a tiré sa révérence laissant derrière lui deux filles qui ne ratent jamais une occasion pour évoquer le combat de leur père. Et pour cause, il souffrait horriblement des irradiations. Il ne connaissait presque pas le plaisir du sommeil. Mais il est parti avec la certitude que sa voix sera ressuscitée un jour ou l’autre. Il a milité durant quelques années au rang du RCD. La première génération des cadres de ce parti connaissent bien sa demeure. Il surnommait Saïd Saadi par le sobriquet « Tbib ».  

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