Ce pays ne m'a rien donné, il m'emprisonne parce que je veux contribuer à le construire - Message in a Bottle - Radio M

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Ce pays ne m’a rien donné, il m’emprisonne parce que je veux contribuer à le construire – Message in a Bottle

Info Radio M | 16/09/20 18:09

Ce pays ne m’a rien donné, il m’emprisonne parce que je veux contribuer à le construire – Message in a Bottle

Regard intense, sang chaud, mot poignant, c’est moi Mohamed Tadjadit et voici mon histoire.

J’ai 26 ans j’ai été arrêté et placé sous mandat de dépôt. Je suis poursuivi pour 10 chefs d’accusation dont “atteinte à la sécurité et à l’intégrité du territoire national”. Dans ma cellule je suis en compagnie de mon ami Noureddine Khimoud, on a été arrêtés à cause de notre engagement dans la révolution populaire.

Mon quartier est la Casbah d’Alger. Je suis poète, j’exprime avec mon modeste art, la vie d’une jeunesse entre pauvreté, chômage, mépris, harga, exil… J’ai été emprisonné une première fois le 14 novembre 2019, j’ai quitté la prison début janvier 2020 après avoir été condamné à 18 mois de prison ferme pour “atteinte à l’unité nationale”.

J’essaie de comprendre comment un jeune qui n’a que les mots pour raconter ses blessures peut-il porter atteinte à l’unité nationale, comment un jeune qui ne rêve que de vivre dans de bonnes conditions et qui essaye de faire de ses rêves une réalité peut-il atteindre à l’unité nationale? Je n’ai que mes mots pour exprimer ce chagrin qui baigne en moi, ce pays ne m’a rien donné et aujourd’hui il m’emprisonne parce que je veux contribuer à le construire.

Je me suis ouvert sur les marches du TNA, un espace d’échange au début du hirak, où j’ai vaincu ma timidité grâce aux artistes présents. À ce moment-là, j’ai commencé à sentir la liberté, une liberté que je n’avais senti auparavant qu’à l’approche d’un autre pays: J’ai été harraga, j’ai souffert, j’ai pleuré ma situation, mon pays. Mais depuis le 22 février, je n’y pense plus malgré la misère que je vis, depuis le 22, j’ai décidé de me battre.

Je suis très impliqué dans le soulèvement de mon peuple depuis le 22 février, parce que c’est mon dernier chemin, si le 22 s’éteint, je vais encore rejoindre les mers, braver les risques après plusieurs tentatives pour une vie meilleure.

Mais “nous sommes les fils d’Amirouche”, j’adore dire cette phrase et d’ailleurs je l’accompagne dans beaucoup de mes posts, elle me donne une énergie puissante pour combattre l’injustice et alimente mon art. Épris de liberté et de justice sociale, je n’ai pas arrêté de lutter mais aussi de subir du harcèlement et des pressions.

Je suis dans ma geôle mais je respire la liberté, celle que je sens à l’intérieur de moi depuis l’avènement du 22 février.

S.L. (une jeune femme dans le corps de Mohamed Tadjadit)

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