Blocage de Maghreb Emergent et Radio M: le censeur recentre le débat - Radio M

Blocage de Maghreb Emergent et Radio M: le censeur recentre le débat

Ghada Hamrouche | 16/04/20 07:04

Blocage de Maghreb Emergent  et Radio M: le censeur recentre le débat

Le blocage des sites Maghreb Emergent et Radio M nous ramène à la source du problème des libertés. La manière utilisée pour faire taire les deux sites, tout comme les justifications avancées par le gouvernement par la suite, confirment que ce qui se passe relève de la contradiction fondamentale entre la logique du pouvoir et l’exigence du changement exprimée par la société. 

Le pouvoir a eu recours au blocage des deux sites sans aucune annonce officielle. Il a utilisé son pouvoir sur l’entreprise Algérie Télécom qui monopolise la fourniture des services internet. La même méthode a été utilisée contre le site TSA durant l’ère Bouteflika. Avec une différence essentielle que les autorités à cette époque ont refusé de s’exprimer sur ce blocage et n’ont rien dit. 

Cela signifie dans ce cas que ce qui intéresse le pouvoir c’est le résultat:  faire taire le média et peu importe la méthode. L’objectif, là, est d’imposer une réalité nouvelle où les voix discordantes accusées d’être des “mouchaouichines”  (perturbateurs) sont bannies. La justification, ou le silence, viennent par la suite pour consacrer cette réalité nouvelle.  

Dans la nouvelle affaire, le ministère de la communication a choisi, à travers un communiqué d’abord, puis à travers une interview du ministre, d’assumer la responsabilité du blocage et de le justifier; et ce même si les justifications avancées dans le communiqué ont été ignorées dans l’interview en dépit du débat qu’elles ont suscité chez les professionnels, lesquels ont répondu à l’accusation de financement étranger par les faits et par les arguments.

Le ministre a choisi de nous renvoyer à la loi et à la justice en abordant la question de la pratique du journalisme sous le pouvoir actuel. Ces renvois rappellent le discours officiel qui invitait les opposants à Bouteflika à aller aux urnes s’ils veulent le changement. Le 22 février a mis fin cette manière d’avancer des arguties pour réduire la politique à l’imposition du fait accompli, lequel est le fondement même du comportement du pouvoir depuis l’indépendance. 

Le renvoi vers une justice dont le pouvoir reconnaît la nécessité de la réformer par le fond, et vers des lois imputées à la “3issaba” qu’il est question de changer, est en réalité une fermeture du dialogue par le fait accompli. Sans compter que choisir le blocage des sites plutôt que d’engager une bataille judiciaire sous le titre de diffamation est en contradiction avec toute conviction visant à soumettre la pratique du journalisme uniquement à la loi.

La question ne se rapporte pas au contenu des deux sites qui ont subi le blocage. Elle se rapporte aux limites que le pouvoir met à l’expression des opinions dans la presse avec la notion de diffamation telle qu’elle a été  abordée par le ministre. Cela nous rappelle en définitive que les marges très faibles pour le dialogue et l’expression de la différence ne font qu’accentuer la contradiction fondamentale entre le projet du pouvoir et l’Algérie des libertés dont la Silmiya a entamé le processus de construction. 

En persistant à utiliser ses instruments traditionnels pour asseoir son hégémonie sur la société, le pouvoir redécrit la situation comme étant marquée par une contradiction absolue entre un système de pouvoir et la société; une situation  où l’indépendance de la justice, la liberté de la presse et d’opinion et la bonne gouvernance deviennent de fait des questions de détails dont la résolution dépend d’un changement radical de régime.

Traduit par la rédaction – Article original