Ali Haddad au tribunal d'Alger : "Said Bouteflika m'a demandé de récupérer l'argent qui était dans la direction de campagne" - Radio M

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Ali Haddad au tribunal d’Alger : “Said Bouteflika m’a demandé de récupérer l’argent qui était dans la direction de campagne”

Ghada Hamrouche | 07/12/19 22:12

Ali Haddad au tribunal d’Alger : “Said Bouteflika m’a demandé de récupérer l’argent qui était dans la direction de campagne”

Ali Haddad, PDG du groupe ETRHB et ex président du Forum des Chefs d’Entreprise (FCE), a déclaré, ce samedi 7 décembre, au tribunal de Sid M’Hamed, à Alger, que Said Bouteflika, frère et conseiller de l’ex-chef d’Etat, l’a chargé de récupérer les fonds pour la campagne électorale de Abdelaziz Bouteflika pour un cinquième mandat. « Le 25 janvier 2019, Said Bouteflika m’a appelé au téléphone pour l’aider pour la campagne électorale. Il m’a parlé de gens déjà désignés pour se charger de la campagne. Il s’agit de Yahiaoui (Nabil du parti TAJ d’Amar Ghoul), Mondher Bouden, Abdelmalek Sellal, directeur de la campagne, Amara Benyounes, en charge de la communication, et Chaib (Mahmoud), chargé des finances. Je lui ai répondu que j’étais prêt pour l’appuyer. Il m’a recontacté le 6 février 2019 pour me confirmer le lancement de la campagne électorale. La permanence électorale était à Hydra (Alger). Le 6 mars 2019 Said Bouteflika m’a contacté de nouveau pour me demander de récupérer l’argent qui était dans la direction de campagne (après le début du mouvement de contestation). Et vous, monsieur le juge, vous savez que Said était au courant de beaucoup de choses », déclare Ali Haddad. Réponse sèche du juge : « moi, je ne sais rien. Ce que je sais, je le laisse dehors. C’est un des principes du jugement ». Ali Haddad reprend : « C’est juste une façon de parler. Said m’a dit que les gens disent dehors que entre 700 et 800 milliards de centimes sont au niveau de la direction de campagne. Donc, par mesure de sécurité, je devais prendre l’argent. Je ne connais pas la source des ces fonds, je n’étais pas en charge des finances ». Il confirme la venue de l’homme d’affaire Ahmed Mazouz au siège du FCE pour remettre un chèque aux fins de financer la campagne de Abdelaziz Bouteflika. Face au juge, Ahmed Mazouz a parlé de 39 milliards de centimes.

« 126 millions de dinars non dépensés »

Ali Haddad évoque les dépenses liées à la campagne : 7 millions de dinars pour le mobilier de bureau et 58 millions de dinars pour la location des sièges. « Hadj Said (personne envoyée par Ali Haddad) a retiré 120 millions de dinars. Je lui ai demandé de mettre de côté 65 millions de dinars des frais des sièges de campagne. Nous avons caché 55 millions de dinars. Une semaine ou dix jours après, Said Bouteflika m’a recontacté pour récupérer d’autres sommes d’argent. J’ai envoyé une nouvelle fois Hadj Said qui a pu ramener 50 millions de dinars, dans un premier temps, puis 25 millions de dinars. En totalité, cela fait 130 millions de dinars que nous avons déposé dans le coffre du secrétariat. Après, j’étais mis en prison, mais, par le biais de mes avocats et de Hadj Said Malek, nous avons pris contact avec les responsables qui étaient chargés de la campagne pour qu’ils trouvent une solution à l’argent récupéré. Ils ont répondu que la banque ne veut plus reprendre l’argent et ont demandé à ce que les fonds restent là où ils étaient. Un chèque non payé de 4 millions de dinars a été réglé par cet argent stocké. Il s’agit d’un entrepreneur qui a effctué des travaux mais qui n’a pas été payé. Tout le monde était au courant, Chaib et Said Bouteflika compris, de l’existence des 126 millions de dinars non dépensés. Moi, je n’avais aucune relation avec Chaib », détaille Ali Haddad. Le juge appelle à la barre Chaib Mahmoud, directeur des finances de la campagne d’Abdelaziz Bouteflika, qui annonce que 750 millions de dinars ont été récoltés pour la campagne. « Il reste 550 millions de dinars », précise-t-il. « Je n’ai jamais accusé quelqu’un d’avoir pris l’argent », lance Ali Haddad. « Pour utiliser le langage comptableIl y a trou de 65 millions de dinars », réplique le juge. Réponse : « Non, monsieur le juge, j’ai expliqué que ce montant a été utilisé pour payer les frais de location des trois sièges de la parmanence et le mobilier de bureau. Dommage que les avocats ne soient pas là, ils ont tous les documents. Je suis en prison, je n’ai rien sur moi. La répartition du montant est comme suit : 25,2 millions de dinars pour le siège d’Hydra, 18 millions dinars pour le siège du Ravin de la femme sauvage et 15 millions de dinars pour le siège de Sidi Yahia qui était réservé aux jeunes. Cela donne 58,2 millions de dinars pour les frais de location. Les 7 millions de dinars ont été dépensés pour le mobilier de bureau ».

« Je n’ai demandé à personne de financer la campagne »

Pressé par le procureur de répondre à une question sur le lien avec Mahmoud Chaib, Ali Haddad dément avoir une relation avec lui. « Ahmed Mazouz dit que vous l’avez contacté pour participer au financement de la campgne », lance le représentant du ministère public. « Je n’ai demandé à personne de financer la campagne même avec un dinar, ni à Mazouz ni à d’autres », répond l’ex président du FCE. « Pourquoi Said Bouteflika vous a chargé de collecter l’argent pour la campagne », demande le procureur. « Il m’a demandé de l’aider pour la campagne mais ne m’a jamais chargé de collecter les fonds ou de contacter telle ou telle personne », répond Ali Haddad. « Durant l’enquête, Ahmed Mazouz dit avoir remis un chèque de 39 milliards de centimes à la demande d’Ali Haddad et de son cousin Mohamed Bairi. Il dit qu’il a remis l’argent parce qu’on a refusé de connecter son usine de Larbatach au réseau de gaz naturel pendant quatre ans. Il dit qu’il comptait sur vous pour lui régler le problème », précise le procureur. « Je jure que je n’ai jamais entendu parler de cela jusqu’à mon entrée en prison où j’ai lu les PV chez les avocats. J’ai dit, ce n’est pas possible qu’on soit dans cette situation », lance Ali Haddad. Le juge intervient pour souligner que Hassan Araboui, autre homme d’affaire, a offert 20 véhicules et 20 milliards de centimes à la campagne de Bouteflika. « Etiez vous au courant de cela? », demande le magistrat. « Je n’étais pas responsable », répond le prévenu. Le juge insiste : « Etiez-vous au courant ou non? », réponse : « je n’étais pas au courant ».

Said Bouteflika refuse de répondre au juge

Auditionné après Ali Haddad, Mahmoud Chaib précisé avoir déposé l’argent de la campagne inachevée de Bouteflika dans un compte au nom de Abdelmalek Sellal puis de Abdelghani Zaalane au niveau du Crédit populaire d’Algérie (CPA) à Alger. Mahmoud Chaib révèle avoir retiré en trois tranches un montant de 19,5 milliards de centimes remis à Malek Hadj Said, cadre au cabinet de Ali Haddad. Ce dernier confirme au juge la réception de cette somme d’argent et son dépôt dans la trésorerie du groupe ETRHB d’Ali Haddad à Dar El Beida. Dans l’après midi de samedi, le procureur décide de convoquer Said Bouteflika, en détention à la prison militaire de Blida, pour l’entendre en tant que témoin dans l’affaire du financement occulte de la campagne d’Abdelaziz Bouteflika. Devant le tribunal, Said Bouteflika décide de ne pas répondre aux questions du juge et du procureur. Il est renvoyé en prison. Mercerdi 4 décembre, lors du premier jour du procès, Abddelamalek Sellal a indiqué que l’argent de la campagne électorale pour le 5ème mandat était géré directement par Said Bouteflika et qu’il ne se mêlait pas des questions financières.