Le jury composé de journalistes des médias partenaires de Web Arts Résistances (Babelmed, Inkyfada, Mashallah News, Onorient, Radio M, Tabasco) a rendu son verdict jeudi 25 mai en annonçant les noms des quatre finalistes et l'attribution d'une mention spéciale à cette seconde édition du concours des Jeunes journalistes en Méditerranée (JJEM) qui a reçu une quinzaine de court métrages nous catapultant des rues d’Alger au Caire, de la Nubie aux quartiers nord de Marseille en passant par le Sahara occidental. 

 Deux courts métrages ont remporté l’adhésion immédiate du jury de Web Arts Résistances (WAR): dans le premier "Je suis Là" de Farah Abadah, la caméra suit une jeune créatrice algéroise qui met en scène son propre corps dans des performances aussi périlleuses que courageuses. Cette audace nous a tout particulièrement impressionnés ; le second, "Chanter pour la Nubie" de Martin Roux, raconte un combat culturel collectif pour sauver ce qui reste de la culture nubienne ensevelie sous les eaux du barrage Assouan. Notre jury a été très sensible à ce voyage en images qui évite tout folklorisme.

Autre cause oubliée, celle des Sahraouis dans "Echoes Through The Wall" de Meriem Naili dont nous avons apprécié l’efficacité et le rythme.

« Comment faire du trouble existentiel et individuel un questionnement collectif ? », c’est à cette tâche ardue que s’est attelée la plus jeune lauréate de ce concours. Farah Wally n’avait que 18 ans quand elle a tourné "Cerca Trova". Cette fresque poétique et intimiste qui donne la parole à de jeunes Cairotes a séduit l’ensemble du Jury.

Enfin une mention spéciale a été attribuée à l’unanimité au court métrage "Les quartiers Nord" exposent leurs clichés de Manon Beligni, Clément Klein et Alice Rabecq. Le film s’introduit dans les quartiers nord de Marseille où une initiative originale portée par l’association « Lieux Publics » a permis à des enfants et des adolescents de s’emparer de la photographie pour raconter leur territoire. On y assiste à une vocation précoce. Emotion garantie !

Présentation des courts métrages

Je suis Là  de Farah Abada, 2016.

Souad, une jeune femme artiste, réalise des performances artistiques dans les rues d'Alger. Ce faisant il lui arrive souvent de se retrouver confrontée à l'agressivité des personnes. Son expression d'art se transforme alors en combat pour affirmer sa place dans la société. « Je suis là » met l’accent sur la sempiternelle relation entre l’individu et le groupe et s’interroge sur la place de l’artiste dans l’Algérie d’aujourd’hui.

Pour voir le film, c'est ici.

Chanter pour la Nubie (A song for Nubia) de Martin Roux, 2017.

Zakariya Tag El Sir, 42 ans, est originaire de Soheil, petite île nubienne au sud d’Assouan. Environ 2000 habitants vivent ici, les plus âgés d’entre eux sont arrivés dans les années 60, contraints à l’exil par la construction du grand barrage d’Assouan voulue par Nasser afin de réguler des crues annuelles du Nil et produire de l’électricité. Haut de 111 mètres et long de près de 4 km, le barrage a créé un lac immense dont la surface représente la moitié du territoire libanais. Il a non seulement englouti les terres de la Nubie, mais aussi son histoire.

La culture nubienne, héritière d’une des plus anciennes civilisations d’Afrique, est en Egypte la grande absente du roman national. La population nubienne est répartie le long du Nil, divisée entre le nord du Soudan et le sud de l'Egypte. Depuis l’accession du Soudan à l’indépendance en 1956, une frontière internationale coupe en deux le territoire ancestral des Nubiens. Sur l’île de Soheil, Zakariya Tag El Sir est le seul musicien et acteur professionnel, membre de la célèbre troupe de théâtre égyptienne El Warsha, une des premières à se revendiquer du Théâtre Libre dans le pays. Sa vie est dédiée à la musique et c’est par elle qu’il a décidé de faire entendre la voix des Nubiens. Le musicien a ouvert en 2006 un centre pour enseigner aux enfants de Soheil les chansons et les histoires qui font partie de leur patrimoine, celui de la Nubie. Face au risque de l’oubli, de la mort lente d’une culture millénaire, Zakariya a pris les armes : son luth et sa voix.

Pour voir le film, c'est ici.

Cerca Trova de Farah Wally, 2017.

Ce court métrage a été inspiré d'une citation de Robert Desnos : "Qui donc a comparé l'ennui à la poussière ? L'ennui et l'éternité sont absolument nets de toute souillure. Un balayeur mental en surveille soigneusement la propreté désespérante. Ai-je dit désespérante ? L'ennui ne saurait pas plus engendrer le désespoir qu'il ne saurait aboutir au suicide. Vous qui n'avez pas peur de la mort essayez donc un peu de l'ennui. Il ne vous servira plus à rien par la suite de mourir. Une fois pour toutes vous auront été révélés le tourment immobile et les perspectives lointaines de l'esprit débarrassé de tout pittoresque et de toute sentimentalité."  Le but de "Cerca Trova" était de faire resurgir l'idée occultée du suicide, qui est un concept quasiment tabou en Egypte vu le rôle important de la religion. Cette vidéo envoie un message à tous ceux qui se sentent seuls dans leur "angoisse existentielle".

Voir le film. 

Echoes Through The Wall de Meriem Naili, 2017.

En participant au Sahara Marathon en février dernier, j’ai eu la chance de loger dans une famille de réfugiés Sahraouis en exil depuis 41ans dans le sud-ouest de l’Algérie. En conflit avec le Maroc depuis le départ de l’Espagne en 1975, le Sahara Occidental attend désormais une résolution pacifique du conflit. Le chant et la danse sont pour eux un moyen de protester mais également de maintenir l’unité de leur communauté et de célébrer une indépendance qu’ils attendent depuis des décennies.

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Les quartiers Nord exposent leurs clichés de Manon Beligni, Clément Klein, Alice Rabecq, 2017.

Guidés par l’association marseillaise « Lieux Publics » au cours d’ateliers photo, les collégiens des quartiers nord de Marseille se rêvent artistes et balaient pour un temps les clichés sur leur ville. Le projet participatif « Le Nord fait le mur » est l’occasion pour les personnes participantes de s’approprier une pratique artistique et d’en proposer un usage particulier, à partir de leur vécu et du territoire qu’ils habitent.

Pour voir le film, c'est ici.

Retrouvez les biographies des lauréats ainsi que tous les courts métrages sur le site de Web Arts et Résistances.

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