Sans fonds souverain, l'Algérie a manqué de nombreuses opportunités de reprendre des entreprises européennes défaillantes mais technologiquement viables a estimé François Aïssa-Touazi, co-fondateur du Think Tank Cap Mena dans l’émission « l’Entretien » sur Radio M.

 

Ce spécialiste des fonds d’investissements et des fonds souverains a regretté au cours d’une rencontre en marge du Forum Africain d’Investissements et d’Affaires organisé du 3 au 5 décembre que l’Algérie ne soit pas dotée d’un tel instrument.  Un fonds souverain aurait « pu lui permettre d’investir dans des entreprises stratégiques susceptibles d’être importantes pour son développement ».

 Ces entreprises européennes en difficulté qui disposent d’un savoir-faire technologiques constituaient, une opportunité. « Il est dommage que l’Algérie soit passée à côté de cette opportunité », a déploré le spécialiste.  « Dans le cas de processus de coproduction, l’Algérie aurait pu se doter d’une industrie rentable et à haute valeur technologique » a-t-il ajouté

Une vraie prise de conscience au Moyen-Orient

L’exemple à méditer, selon lui, est celui des pays du Moyen-Orient où il y a eu une réelle prise de conscience poussant leurs gouvernements à aller massivement vers ce genre de pratique. Selon lui, c’est l’investissement dans certaines entreprises qui a permis à des pays du Moyen-Orient de maîtriser l’amont et l’aval pétroliers et gaziers.

 Sur le plan continental, l’expert estime que l’Algérie, au lieu d’effacer les dettes de certains pays africains, aurait pu reconvertir une partie des dettes pour racheter des parts dans des entreprises et ainsi être présentes dans un certain nombre de pays africains. 

Il note également qu’un projet comme celui de l’investissement dans le domaine de la téléphonie en Afrique dans le cadre d’un projet conjoint entre l’Etat algérien, détenteur de 51% de Djezzy, et le groupe VimpelCom pourrait parfaitement intéresser des fonds d’investissements internationaux.

 Concernant la présence des fonds d’investissements en Afrique, M. Touazi a relevé la concurrence que se livrent actuellement les fonds asiatiques et ceux du Moyen-Orient, en constatant l’arrivée timide des fonds européens, notamment privés.

Le co-fondateur de CapMena défend l’approche collaborative entre plusieurs fonds d’investissements évoquant l’efficacité d’une action complémentaire. Il se dit en faveur d’unesynergie « entre les fonds qu’ils soient asiatiques, arabes ou autre, et l’apport technologique européenne ou américaines en Afrique, notamment au profit de (la réalisation) d’infrastructures ».

L’émergence de fonds sectoriels spécialisés dans des domaines spécifiques représente un enjeu majeur, a-t-il souligné, le secteur du numérique étant l’un des plus intéressants actuellement.  

L’éveil de l’Algérie à l’Afrique 

 L’invité, s’est réjoui, par ailleurs, de la prise de conscience des autorités algériennes quant à l’importance de la coopération interafricaine et sur la nécessité d’être davantage présent en Afrique.

 Une prise de conscience qui a été constatée bien avant la tenue du forum algéro-africain, début décembre courant, et qui trouve une explication dans la volonté de l’Algérie de diversifier son économie après la chute du prix du pétrole, d’après lui.

 Interrogé au sujet du secteur des énergies renouvelables en Algérie, M. Touazi a, là aussi, regretté le temps perdu, tout en mettant en avant, cependant, les atouts dont dispose le pays et le niveau atteint par les acteurs algériens de ce domaine.

 Le projet de réalisation d’une capacité de 4000 Mw en énergie renouvelable était tout à fait « bancable » a-t-il estimé. Mais l’idée défendue par le ministre de l’Energie, selon laquelle le développement des énergies renouvelables devrait être une opportunité pour mettre les bases d’une industrialisation de cette branche « pourrait être à l’origine d’une perte de temps supplémentaire.

 

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